vendredi 24 mai 2013

1124 : jeudi 23 mai 2013


Un instant, je défaille. Que faire, s’enfuir ou jouir ? Suffoquer ou sortir dans la nuit pour respirer… Des vapeurs acides montent du tapis en éruption qui boit les mots cramés. En son milieu, l’étagère dans un craquement se brise. Il est peut-être temps de partir. Mais soudain, un sursaut : dans le placard, là-bas, qui s’enflamme, le chocolat ! Abandonnant tout sens de la mesure, je me sens mue par une pulsion animale qui me jette dans l’escalade de l’incendie pour atteindre le meuble de cuisine. C’est une brûlure à la main qui m’éveille de cette hypnose gustative. Au feu !

jeudi 23 mai 2013

1123 : mercredi 22 mai 2013


Elle est sur le point… Je jette un journal sur le sol à l’endroit où goutte la cire… Enfin la bougie bascule. Et le journal s’enflamme, ainsi que très vite le carton de vieux papiers à côté. Je sens l’excitation me gagner. Je regarde autour de moi… les livres ! L’étagère est sur l’étagère d’en face, à l’abri pour le moment… il n’y a qu’à la faire basculer ! Dans un grand « bang », elle atterrit la tête sur les flammes. La fête peut commencer. Les livres prisonniers et sacrifiés se voient grignoter, le bois des étagères se consume en craquant, du papier consumé s’envole comme de minuscules papillons… ils se posent sur mes cheveux.

mercredi 22 mai 2013

1122 : mardi 21 mai 2013


J’attends et je regarde. Tombera, tombera pas… Insoutenable… Elle n’est pas loin de s’éteindre, petit résidu de cire, si elle veut qu’on se souvienne d’elle dans un grand brasier, elle a intérêt à se décider.

mardi 21 mai 2013

1121 : lundi 20 mai 2013


De poubelle en container, le passé s'esthétise au présent. Effets dissimulés du genièvre dans le café ? Pareil pour les émois féconds des algues bleues.

------------------

Il y a quelque chose qui brûle. Je me lève d’un bond. Ca vient de la cuisine. Mon dieu, la bougie ! Un flash, je me vois la coincer entre un dictionnaire et ma pile de livres de recettes. Je ne me souviens pas... De ma pièce principale fuient des odeurs de plastique chaud et d’aigres bois. Me précipitant, je heurte le montant de ma porte du petit orteil, mais je n’y laisse pas un cri, je garde ma voix pour l’urgence… La cuisine n’est pas encore en feu. Juste le plan de travail où se contorsionnent les bouteilles vides d’eau minérale dans le méli-mélo des fonds de placard dérangés. Le rideau de ma fenêtre est en train de se consumer, mais sans flamme. La bougie a roulé, elle est prête à tomber, et là, se serait plus grave : des cartons et plus loin le canapé…

samedi 18 mai 2013

1120 : vendredi 17 mai 2013


casque qui explose j'assiste à l'accouchement d'une chose explicitement flamme d'homme.

-------------------

L’arbre s’ouvre et m’avale. Je me love en son creux. Ne pas se poser de question, glisser, sans savoir vers où, tomber peut-être loin de l’enfer qui brûlera dehors. Mes yeux se ferment en même temps que l’écorce. Prisonnière volontaire, me voilà qui fait corps avec le végétal, les racines à mes pieds me tirent vers un tunnel étrange fait d’humus et de champignons. Puis je glisse, me voilà comme dans une caverne, boyau triste, grotte humide au sol lisse, je glisse et me cogne la tête… et dans la demi-seconde qui précède le choc, j’entends le crépitement des flammes et l’arbre qui gémit.

vendredi 17 mai 2013

1119 : jeudi 16 mai 2013


Les fumeroles qui montent du sol n’alimentent pas le brouillard du matin : l’humidité s’est envolée, reste un mystère et une odeur âcre. Autour de l’arbre, l’air est chaud. Pourquoi suis-je redescendue ? Une fumée sans feu m’encercle, que faire ? Je tâte l’écorce, prête à saisir à nouveau la branche basse et échapper ainsi à l’étouffement quand quelque chose d’étrange m’arrache à l’inquiétude. Dans l’arbre, une fente, comme une fissure qui s’ouvre… tout mon bras peut s’y glisser, mon épaule. Et si je me cachais là ? Et si c’était un piège... ? Je devrais peut-être plutôt foncer en fermant les yeux, pour passer au-delà de l’incendie souterrain, et tracer ma route vers ailleurs. Mais l’arbre me retient ! Mes doigts sont aspirés vers un antre insoupçonné, dans les profondeurs du tronc centenaire. Je ne parviens pas à m’en dégager et je commence à suer, en tirant, tant de l’effort que de la chaleur qui s’accroît. Je parviens cependant à remarquer qu’au bout de ma main prisonnière, l’air est frais. Et qu’il glisse tel un courant. Il y a peut-être là une issue.

jeudi 16 mai 2013

1118 : mercredi 15 mai 2013


Je m’installe sur la dernière branche qui m’apparaît suffisamment solide pour supporter mon poids. Pas de village au loin, ni de forêt, seulement l’herbe, tapis vert jusqu’au bleu. Et pourtant, il y a autre chose. Vers l’ouest, par intermittence, mon œil est attiré par un reflet. Scintillement saccadé, comme un message en morse que je voudrais pouvoir déchiffrer. Il y a donc là-bas quelqu’un, j’en suis sûre, même si, d’ici, sa silhouette se fond dans le paysage. Mon attention se porte sur le moyen de rejoindre cet autre passager de l’infinie prairie. Il n’y a pas de ligne droite, mais je vois qu’en bifurquant vers la droite, je contourne un cul de sac et pourrai continuer dans la bonne direction. Je veux partir avant que cet alter ego ne reprenne son chemin et ne cesse ses signes. Je redescends prestement, accrochant au passage une branche qui craque, ce qui manque de me faire choir. Je suis enfin à terre quand une odeur m’alerte : ce n’est pas celle de la terre du matin, l’air sent le danger.