dimanche 23 octobre 2011

696 : samedi 22 octobre 2011

Je rêvais que j'avais marché trop longtemps, que je m'asseyais sur un tronc dans une clairière, que je sentais que je n'étais plus seule, que je voyais s'approcher de drôles de petits elfes – ou de petites ? - aux visages ronds et longs cheveux, bleus, rouges, verts ou jaunes. Je rêvais que ces petites créatures déposaient autour de moi des soucoupes de toutes les couleurs, qu'elles souriaient, que je leur souriais, que je les remerciais, dans l'attente de ce qui devait emplir ces soucoupes, que je disais que j'avais soif, qu'elles s'éloignaient, qu'elles revenaient en dansant avec chacune un broc, jaune, vert, rouge, ou bleu, qu'elles m'entouraient, et que, soudain, elles furent rires aigus au delà du supportable, stridences ricanantes, cheveux hérissés, entrechats, grimaces, et, qu'en gambades désarticulées, l'une après l'autre, elles vinrent m'inonder d'un liquide brun, suffocant et glacé. Je me débattis, tentant désespérément d'échapper à ce cauchemar, et j'émergeai dans le grelottement du réveil.


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Anselme donna de sa voix, grave comme l’ultime seconde « Que celui qui a emprisonné une petite corneille la relâche immédiatement !». A peine quelques secondes plus tard, chacun put voir une minuscule tâche noire rejoindre l’immense volatile qui avait inscrit sa révolte en une trace obscure et fugitive dans le ciel du village. Pendant quelque temps l’étrange couple dansa un ballet sauvage et harmonieux au dessus des maisons. Puis il plongea en direction du sol au point qu’on aurait pu croire qu’il allait s’y écraser. Il n’en fut rien. Les deux oiseaux rasèrent la foule, puis s’en furent en direction d’un des pics rocheux qui entouraient les Hûles. Ce fut seulement lorsqu’ils eurent disparu que l’on vit le corps étendu de Igorce le braconnier. Il était sans vie et sans regard. Les oiseaux avaient emporté ses yeux.