mercredi 31 juillet 2013

1149 : mardi 30 juillet 2013


Je compte dans ma tête jusqu’à trois fois soixante avant de tenter une autre approche. Je me lève, elle n’a pas bougé, le rythme de l’étoffe qui se soulève et s’abaisse me laisse à penser qu’elle s’est rendormie. Je marche sur des œufs de coton… Peut-être va-t-elle se découvrir d’un coup, en criant « bouh ! » et nous rirons ensemble comme de vieilles copines ; viendra alors l’heure des confidences et nous chercherons ensemble sur quelle carte nous sommes et comment nous évader du conte.

----------------------

/ Rêve d'avril [2013] / Cette nuit j’ai rêvé du retour politique de Jacques Chirac. Travaille pour lui. Il fallait l’appeler Monsieur. Il était séduisant, plus jeune que je ne l’ai jamais moi-même connu, fringant et heureux de prendre le pouvoir. // Pour éradiquer mes terreurs nocturnes, mon pharmacien me conseille les comprimés homéopathiques Stramonium 15ch. Depuis je rêve que j'assiste Jacques Chirac (jeune) dans son retour politique. Je soupçonne le RPR de manigancer des trucs pas nets avec le labo Boiron.

mardi 30 juillet 2013

1148 : lundi 29 juillet 2013


Enfin, pas chûr que moi chat veuille chortir de là. Scientifiquement irréfutable. Then I started babbling. Y en a deux autres en projet : pour les "braves bêtes" et pour les "jolies plantes".

--------------------

/ Les leurs / Je les observe à ma fenêtre, assise, faisant face à leurs horizons, à leurs rêves qui se dessinent à vue, sans fausses notes ni prétentions, des rêves objectivés dont la propreté des contours me laisse songeuse. Je rêve aux rêves de ceux qui me sont étrangers. Leurs cours sont profondes, mille espaces à investir. On m'y signale toutes les possibilités, multiples et infinies. Un jour je piquerais les "je" des autres pour investir ma vie.

--------------------

« Euh, salut » fait-elle. Son regard est filtré par de longs cils au bout desquels j’imagine perler des pétales lorsqu’elle, fée, se promène au milieu des papillons bleus. Je me soulève du coude de ce lit sur lequel j’essaie d’avoir l’air artistiquement alanguie, je grommelle un bonjour, essaie un sourire. Bref, une grimace avenante, mais elle me fixe en retour comme si j’avais dévoilé des canines assassines… Elle se précipite sur son lit et, sous son drap vite remonté, se blottit. Bon, j’ai gaffé. Ne jamais montrer ses dents à des inconnus.

lundi 29 juillet 2013

1147 : dimanche 28 juillet 2013


Souvenir de la nuit du 31 mars au 1er avril Mes rêves n’ont rien d’une plaisanterie d’avril naissant. Un homme qui refuse d’admettre son homosexualité finit par se révéler ce soir, subitement, là, sous mes yeux spectateurs, dans un recoin sale et ombragé, une ruelle encaissée dont les murs de briques ardoisées font penser à un décors de roman policier, Sherlock Holmes en particulier. Le moment de l'épanchement sexuel est bien mal choisi. L'inverti imprudent a affaire à un tueur en série, mais le sachant pertinemment paraît dans le même temps s’en moquer. Il lui fait du rentre-dedans exempt de finesse. L’assassin en puissance finit quant à lui par passer à l’acte. Il fait le coming out de son couteau, le plante dans l’avant-bras avant de lui couper l’ensemble des doigts. Plus tard, je suis maman d'une petite fille que je n'ai pas vue grandir et que j’oublie à la maison, coincée sur une chaise pour adulte. La maison, c’est l’appartement de mon enfance, irrémédiablement imprimé en mon cerveau. Les pièces sont intactes. La propension de l’esprit à laisser une part importante de matière grise silencieuse, pour ne pas faire imploser la tête, est vraiment surprenante. 

dimanche 28 juillet 2013

1146 : samedi 27 juillet 2013


Juillet 2013 Dans ce rêve,  P. m’indique avoir rencontré A. Mon imagination fait en premier lieu la place belle à l’Éros. Mais non. Elle me signale un temps plus tard l’y avoir tué, enfin tenté. Bouleversée par l’acte commis, un tir à bout portant, ce dernier ne mourant pas « du tout » m’a-t-elle dit, A. l’a consolée un peu. Certains considèrent chacun des personnages présents dans nos songes comme un sous-texte de l’âme, vaste et complexe palimpseste dont on ne saurait à vue d’œil déchiffrer les couches successives et hétérogènes. On se recouvrerait donc aléatoirement de masques et travestissement pour tenir le rôle des différents protagonistes qui circulent en nos jardins intimes et nocturnes. Cette pensée qui tombe sous le sens se révèle à bien des égards fort rocambolesque tant ces autres soi nous paraissent faire figure d’altérité. Combien de fois ne me suis-je pas cru la victime d’une tromperie de mon amant alors que ce dernier dormait paisiblement à mes côtés ? Il était difficile dans le matin de mettre à distance le ressentiment éprouvé quelques instants plus tôt. Or, j’aurais peut-être dû m’en prendre honteusement à moi-même. J’ai ainsi appris que les songes devaient être tus puisque nous n’avions qu’une maîtrise limitée de leur compréhension. P. m’a répondu « Tu veux dire que je me tue moi-même. Merde… » Lui ai parlé de résilience et consolation. Puis devant son scepticisme, ai conclu par une assertion indiscutable : « N’est pas Freud qui veut » - et certainement pas moi en effet. Nous avons résolu ce court débat avec sa proposition géniale : le lancement d’un service de sms : Sigmund Freud sur consultation. Ce serait chic, je vois et entends déjà les coupures publicitaires : « 10 22 22, toi aussi, tu veux savoir quelle est la signification de cet étrange rêve, compose le 10 22 22, Sigmund Freud se tiendra à ta disposition pour t’éclairer. 10 22 22 » ; « 10 22 22, tu veux savoir si cet(te) inconnu(e) rencontré(e) dans ton rêve la nuit dernière sera l’homme ou la femme de ta vie, au 10 22 22, Sigmund Freud peut t’aider. 10 22 22 » ; « 10 22 22, si tu as rêvé que ton père devenait le fils de ta mère, et que tu le finissais au cyanure, compose le 10 22 22, Sigmund Freud et son équipe mettront tout en œuvre pour répondre à tes questions. 10 22 22. »
 Quant au rêve de P. je lis ces lignes du fameux Freud : « nous avons résolu de n'admettre l'existence que de deux instincts fondamentaux : l'Éros et l'instinct de destruction (les instincts, opposés l'un à l'autre, de conservation de soi et de conservation de l'espèce ainsi que ceux, également contraires, d'amour de soi et d'amour objectal, entrent encore dans le cadre de l'Éros. » Il lui faudra donc en découdre avec son instinct de destruction et j’espère que cette analyse suffira à la remettre bien vite sur la voix de son autre penchant.

samedi 27 juillet 2013

1145 : vendredi 26 juillet 2013


J’entends que, de l’autre côté, un lit s’étire sur ses moignons. Je me rhabille et me passe un peu d’eau sur le visage. En m’approchant, je me reconnais, surtout autour de ma pupille, la couleur n’a pas changé, il y a toujours un peu de vert au milieu du brun. La porte s’ouvre, entre la rayonnante, qui a de petits yeux pas bien éveillés. Elle passe devant moi, s’assied et pisse sans autre formalité. Je me sens de trop, je dégage, elle lève un peu la tête, comme une taupe étonnée, lorsque je sors à reculons, en hésitant à me courber, en une révérence qui verrait mes cheveux balayer le carrelage et son beige douteux.

-----------------------

/ Rêve diurne en marge de la nuit du 26 au 27 juillet / « J’aimerais porter un toast, mes amis. / Aux rêves, doux rêves, mes amis. / Aux rêves qui font de nous qui nous sommes. / Aux rêves qui nous permettent de nous trouver les uns les autres. / De chercher refuge / Et de prendre le temps du réconfort. […] Aux rêves qui nous font avancer. / Aux rêves qui nous maintiennent en bonne santé. / Et enfin, aux rêves qui nous réunissent ici, ce soir tous ensemble. » Dans le film foutraque dessiné par Harmony Korine, Mister Lonely, on peut doubler l’existence, prétendre la surprendre, contrarier ses projets, mais pas ceux de dieu, épouser le songe, les contes, poursuivre l’enfance, rester entre deux mondes en caressant le dos d'un chat de Schrödinger, balayer les illusions à coup de fantasmes et simulacres. Pourquoi ne pousserait-on pas la tromperie dans ses plus sains retranchements, soit la comédie, si le réel n’était qu’une vaste supercherie ? Il m’est longtemps arrivé de douter de l’idée de réalité, de ne savoir quelle était la part palpable, or la vie n’est certainement pas au rêve, ce que le corps et à l’âme. Dans l’étroitesse des relations entre espaces diurnes et nocturnes, si l’obscurcissement du jour, donne à la nuit sa raison d’être, cette dernière, théâtre d’un manque - l’excès de jour dont elle est privée - demeure le terrain vague des soupirs et chimères, de l’inaccompli, l’inavouable, la voix libérée, les chairs amies, une fente à pénétrer, un vase à emplir, une salle des pas trouvés, une terre d’asile pour les carences du jour. Ce qui fait défaut à la nuit et ce que lui laisse le jour en dernier lieu, c’est-à-dire ses restes de lumière et quelques éclats prolongés dans l'été. Peut-être, serait-ce bien là un égarement de l’entendement. La nuit qui est vraie, qui ne truque pas, qui n’illumine ni dévoile, qui seule entend les paroles, dans un « vieux parc solitaire et glacé » ou ailleurs, la nuit qui est songe, et le songe qui est vie, l’irréalité de la réalité, le territoire ensommeillé qu’on ne discerne déjà plus. « La réalité c’est du réel déjà organisé par le symbolique. C’est du réel modifié. » On s’y perd. « Il n’y a nulle part où aller. Je veux prendre ça à bras le corps. Être seul au milieu de la foule. Je sais que tout n’est qu’une illusion, un rêve, que tout a une fin. Rien de trop bon ne dure trop longtemps. Je vois l’espoir sur le visage des gens. Je sais qu’ils cherchent tous quelque chose. Ils poursuivent un grand rêve. Chacun d’entre eux veut s’améliorer. Ils cherchent tous des réponses. Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’ils ont trouvé. Ils ont trouvé les uns dans les autres. Et comme toujours, le monde du dehors nous attend. Il attend patiemment… de pouvoir nous emporter. »

vendredi 26 juillet 2013

1144 : jeudi 25 juillet 2013


Je n’ai pas le corps que j’avais hier dans ma chambre quand j’ai enfilé, en forçant au niveau de fesses, mon jeans préféré pour ma fugue macabronocturne. Voilà que j’ai un corps de femme, de femme mûre, au moins trente ans, c’est terrible. Mes seins sont en poires et l’attraction terrestre me fait craindre pour l’avenir de leur rondeur. Mes hanches sont larges, mes cuisses lourdes d’une graisse que je vois en cratères sous mon épiderme épais. Ma toison est fournie et pas du tout taillée, alors qu’elle était clean pour la piscine de mardi dernier. Et voilà qu’autour de mes yeux, sur mon front, à la commissure de mes lèvres, de petits sillons m’indiquent qu’il y a erreur sur la datation du produit. Que s’est-il donc passé en une nuit ?


----------------------


/ Nuit du 3 au 4 juin / En bateau, grosse chaloupe en bois, ici réunis en famille, constituée d’un grand-père, oncle, deux cousins, la fille d’une cousine qui ressemble à s'y méprendre à la cousine en question. Nous frôlons les rochers pour mieux prendre le vent. Le paysage est alternativement méditerranéen ou cotentinois. Rapidement, nous touchons le sol et les écueils. Le grand-père qui est mien n’a de cesse de répéter sa crainte. Quant à l’oncle qui s’affaire au commandement, il s'énerve et persiste obstinément dans cette voie-là, celle qu’il a choisie, point barre. Je réfléchis aux raisons de l'angoisse croissante du grand-père et envisage l'idée de mort et de perdition, vision démesurée aux vues des circonstances. Aussi, je relativise cette idée qui me paraît reçue et comme pour me rassurer, encourage l’oncle à poursuivre son avancée maritime, sans tenir compte de la peur de mon grand-père qui, comme à son habitude préfère se taire et subir l’affront plutôt que de le braver. J’éprouve une certaine compassion passive à son égard, mais je ne suis qu’un personnage observant. Mon alter ego qui incarne en ce rêve mon rôle a déjà pris sa décision. Je me trouve la première confondue d’étonnement devant ce choix et mon caractère indifférent. Nous finissons par redescendre, à ma grande surprise, comme si nous avions jusqu'ici vogué sur une montagne aquatique. Les flots y sont dénivelés. Dans le plein d'eau, nous perdons le vent. Cette idée est contraire au bon sens, puisqu’il ce dernier soufflait en rafale le long des côtes avant de s’éteindre dans l’horizon. Nous parvenons enfin à destination. Après avoir navigué dans unespace de mer bleue lagon, une brèche nous permet d'accéder au bord d'une plage de la Manche. C’est celle de mon enfance. Nous accostons donc à son extrémité, que je juge alors nord, par le biais d’une percée dans la falaise. Mon père, soudainement et inexplicablement présent, me tend une longue et élégante planche de surf en bois. Il m'explique comment m'élancer dans les vagues. Je n'ose pas. Nous continuons donc à marcher, moi en maillot, lui en tenue de ville et arrivons ainsi dans une petite pièce tout en longueur ou nous sommes attendus pour la soirée. Je pose la planche sur un grand mur à ma droite en entrant. Il y a P. l'amie compliquée de l'adolescence. Une fille nous parle de l'infection qu'elle a subie au nombril à cause de son piercing. Nous mettons implicitement en cause son manque d'hygiène dont elle pourrait et paraît être victime. Il y a aussi cette fille enceinte en train de fumer et les questionnements qui s’en suivent. Stupéfaite, je lui demande, sur le ton de l’évidence, si elle a diminué sa consommation, Me répond que non. Scènes diverses d'accouchement. La nuit s’emmêle ensuite progressivement.

jeudi 25 juillet 2013

1143 : mercredi 24 juillet 2013


/ Souvenir de la nuit du 5 juillet / Dans ce rêve alors que la température avoisine les trente degrés, ma peau recueille quelques flocons de neige tardivement oubliés à l'hiver et que la saison tente d'expurger le plus discrètement possible en amont. Mais suis là, en hauteur, lac de Peyrelade - peut-être. Il fait chaud, de cette chaleur douce qui n'encombre ni l'esprit ni le corps, qui embaume et ressource. Le coton de glace explore déjà l'épiderme. De la lenteur dans le ciel. Je sais l'étrangeté des circonstances, suis néanmoins en paix. Ni la solitude, ni le chaos climatique ne sont adversaires. Plus tard, mardi 16 juillet, la vallée de Campan récolte quinze centimètres de grêle, étrange tapis hiémal et circonstance.

---------------------

Qui est-elle ? Elle est si belle, semble fragile et fulgurante à la fois, avec cette aura qui concurrencerait l’arc-en-ciel. Mais il ne pleut pas et le néon a remplacé le soleil. Je balaie les murs de mes yeux lasers, aucun interrupteur pour appeler la nuit… mais une porte à côté de mon lit, qui mène peut-être vers une issue… ou d’autres corps en extase muette. Je sors et entre dans un local obscur, clignotements à ma droite, c’est une autre lumière qui s’exclame. Me voici dans une salle de bain. Sous la lampe ronde, une gigantesque glace, rectangulaire, et je me découvre enfin. Je n’en crois pas mes yeux, alors j’ôte en deux gestes le haut puis le bas : Nudas Veritas.