lundi 30 avril 2012

877 : dimanche 29 avril 2012


Les Allusifs mènent une vie pleine et entière dans de vastes forêts de marbre.

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Jean a dit «il y a la steppe, il y a les grandes prairies, il y a la profondeur des forêts, il y a les points d'eau, il y a les hommes et les animaux qui se désaltèrent au crépuscule», il y a les miniatures, les petites voitures, le dernier souvenir des américaines aux angles aigus et lignes démesurément étirées, aux teintes mourantes et vives de chewing-gum, les petits personnages aux formes larges, rigides et arrondies de Lego, il y a les soldats de plombs et leurs successeurs en plastique, il y a les animaux sortis des moules, plus ou moins bien ébarbés, et il y a un pauvre petit hippopotame noir gisant abandonné sur les pavés à la merci des pieds de ces géants les hommes.

samedi 28 avril 2012

876 : vendredi 27 avril 2012


Chez les Garagistes chacun se compose tout entier à sa guise : une couche d’amour propre, deux petites tranches de sens de la famille, une généreuse rasade de doute socratique, un supplément d’instinct de survie. Il n’y a plus ensuite qu’à se laisser déguster.

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Si l’on osait, on dirait que Léon fait partie des vrais gens qui aiment la France, de ceux qui font un vrai travail.

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La maison est vide. Marc entend un goutte à goutte résonnant au fond du couloir, et l'écho de ses pas d'enfant cavalant à travers les pièces. Dans son esprit le papier peint est plus vif, la peinture au plafond est encore blanche et le pend pas en lambeau par endroits. Il voit encore le tapis qui recouvrait une tâche d'encre au milieu du salon et le lustre en cristal qui rayonnait sur les murs. Sa dernière visite est nostalgique et douce amère. Il passe un doigt sur le bord de la fenêtre d'où il guettait Marie lorsqu'elle revenait de la messe. Ses couettes blondes le mettait en joie, il avait six ans, douze ans, dix-huit ans et il était amoureux.

vendredi 27 avril 2012

875 : jeudi 26 avril 2012



Tu marcheras droit entre les gouttes glacées tu sens le cœur te quitter mais peu importe pauvre folle esquinte, esquinte-moi. Dans l'ascenseur elle se tape la tête contre les murs, tout et surtout la douleur physique chérie, je t'en donnerai moi des raisons de pleurer bébé, allez quoi ça arrive. Non, ça n'arrive pas, on se ne relèvera pas dix fois, les os lâcheront avant, enfin je prie pour, je vous en prie. Ne fais pas l'enfant – merde je ne veux pas grandir, ou quoi même si je suis coincée, là à l'âge des cheveux d'or quand les yeux veulent juste, juste capter les fils du soleil. Dis Ariane, dis moi que j'ai raison de croire que la nuit mangera notre innocence ; mais voilà j'ai toujours pensé les hommes meilleurs.


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Anne s'endort dans l’apaisement de l'espoir. Bertrand caresse lentement ses cheveux emmêlés. Il aime la voir ainsi, blottie dans la confiance de leurs moments ensemble, dans la chaleur de leur lit. Dehors, la pluie bat les toits d'un murmure réconfortant. Aujourd'hui le cancer n'existe pas, la maladie reste hors des murs et sur ce bout de papier, ces quelques résultats porteurs d'avenir.

jeudi 26 avril 2012

874 : mercredi 25 avril 2012


Les Joyeux de la Reine, lorsque par malchance ils ne la font pas rire, se voient condamnés à subir une infime mais fatale contorsion. C’est pleine d’une grâce intransigeante que la souveraine promène parfois à son cou quelques-uns de ses rubis aux bouffons pétris.

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Amandine est assise sur son lit, recroquevillée entre ses draps blancs mouillés de sueur, le corps en crampe. Elle ne bouge pas alors que le ciel tangue, vire du violet au noir et vibre de flashs insoutenables en écho du tonnerre. Tout à coup, sa chambre est immense et la maison si petite. La pluie résonne avec rage et ne s’apaise qu'au son de sa mère montant les escaliers. Avec elle, une lumière plus douce s'anime, tandis qu'elle s'assoie à côté d'Amandine et lui offre une tasse de lait chaud. Amandine boit et se détend. Ses draps sont changés, la lumière reste allumée et sa mère à côté d'elle.

mardi 24 avril 2012

873 : lundi 23 avril 2012


À force de broyer du noir, les Mélancolix ont les gencives qui saignent et les mâchoires qui grincent. Ce qui, à la longue, finit par leur porter sur le moral.

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Jean a dit : « il y a un bois, il y a la lumière, il y a un lac, il y a une aurore », il y a un nuage dans une flaque, il y a un reflet sur une aile d'auto, il y a les miroirs, les miroirs biseautés et décorés des cinémas des années cinquante, les vieux miroirs en deux morceaux un peu piqués dans d'anciens cadres dorés à la feuille, les miroirs à trois faces des salles de bains, les miroirs grossissants avec des spots, les miroirs déformants des foires, les miroirs à main au manche en ivoire, les miroirs de sac, les miroirs de sorcière qui me font rêver, le long corps étendu sur le manche d'un miroir égyptien, les miroirs concaves d'Archimède.

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Voici le sujet : comment passer l’éponge, après avoir subi un vol à main armée ? Bien que dockers, les protagonistes sont "de petits bourgeois" (de leur propre avis). Mais le message le plus surprenant du film est celui-ci : les vols à main armée font partie de la vie (tout autant que les anniversaires de mariage, les grillades brûlées et les voyages en Tanzanie).

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Elle apparaît dans le couloir et l'univers se teinte en violet. Marc s'approche et plonge dans ses yeux, dans les tempêtes en attente au fond de deux lacs d'un bleu impossible et lumineux. Elle sourie sans s'arrêter. Marc hésite, bafouille... L'instant passe.

lundi 23 avril 2012

872 : dimanche 22 avril 2012


Pas un jour ne pas passe sans que je pense à toi. Tout me rappelle à ton existence. Cette planète est si petite et fuir ne m'éloignera jamais de ta peau, de tes yeux, de ton odeur. Fuir m'a juste éloigné de ton cœur.

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Elle s'agite, se retourne. Marc la regarde et veille la fièvre, attendant la fraîcheur de l'aube.

dimanche 22 avril 2012

871 : samedi 21 avril 2012


Les Queues-de-Cerise accumulent des faux airs de ne pas y toucher, mais pourtant y touchent sans cesse, méprisent les petits et envient les grands - à une échelle qui échappe seulement à l’œil nu du commun belligérant.