mercredi 31 août 2011

653 : mardi 30 août 2011

Le pied d'Alice échappe à son contrôle. Il tremble, tape, s'agite, il lui ôte la liberté de cacher son agacement, son ennui, son impatience. Elle aimerait pouvoir rester assise et se laisser disparaître, parfois on a besoin de ça, tout simplement, laisser son corps faire acte de présence et s'évader ailleurs, son esprit est si loin déjà et ces tremblements, ce tapage, cette agitation la rappelle au présent et signifie à son entourage la réalité de ses sentiments.

mardi 30 août 2011

652 : lundi 29 août 2011

Comme dit le vieux proverbe mélandrin, autant essayer de faire entendre raison à un Blache que d’affronter la tempête avec un chausse-pied.


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Je rêvais, je regardais une mosaïque ou un mélange aussi misérable que délicieusement doux, ciment fissuré, troué, d'un ton mourant, mouvant, beige chamois verdi, avec des blessures d'un gris blanc, et vieilles dalles de céramique d'un rose passé virant au gris, contaminé par les concrétions verdâtres, j'ai voulu avancer un pieds, l'y poser délicatement, en prendre délicatement possession, pour un instant, me suis trouvée dans le vide, ai flotté, ai effleuré de la main ce qui était un mur. Le contact était rugueux et frais. Le touchant, j'ai cherché la suite de mon rêve.


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Francis a besoin d'être dans un silence de mots. Il faudrait qu'ils cessent d'exister, de tourner dans sa tête, de se heurter aux murs de ses contraintes et de sa fuite en avant... Francis aimerait goûter au luxe du rien, que son esprit se vide et devienne ignorant des autres, du monde, de ce brouhaha persistant qui envahit jusqu'à ses rêves. Seulement voilà, tuer les mots, c'est impossible... Alors Francis écrit. Il tire chaque lettre et phrase hors de lui, patiemment vaillamment, Francis écrit des romans en fleuve d'encre et ainsi petit à petit le calme peut revenir. C'est un équilibre précaire, chaque jour doit comporter une phase d'écriture par laquelle le bruit s'installe sur ses pages et permet au vent du rien de jouer contre les parois de son cerveau.

lundi 29 août 2011

651 : dimanche 28 août 2011

La jeune femme s’allonge à demi. Appuyée sur son coude, elle dévisage le jeune homme. Ses mains parcourent le ventre de la statue. Il creuse sa taille, renforce ses hanches, puis s’attarde sur le haut de ses cuisses. Il ajoute des détails au bas-ventre. Ses doigts glissent, très lentement. Elle se renverse sur sa serviette et enclenche son lecteur de CD. Traversant les haut-parleurs, des sons se répandent sur la plage, légèrement. Ensuite, ils s’amplifient. Délicats, prenants, ils évoquent les herbes sèches, l’eau bondissant sur les rochers, le vent qui passe sur le sable. C’est la première fois qu'elle écoute cette musique au pied des dunes. De si bonne heure, sur la plage découverte... Surpris par la musique, le jeune homme regarde dans sa direction.

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Aline ferme les yeux et s'imagine dans le vent caressant l'herbe haute des champs. Allongée sur un lit de boutons d'or et de marguerites, elle tourne son visage vers le soleil timide, à la recherche d'une sensation de chaleur, dans le souvenir d'une journée comme celle-ci: empreinte d'une langueur mélancolique, résonnant d'un espoir lointain quasi oublié. Ici elle peut s'imaginer telle qu'elle s'aimerait, ses contraintes n'existent plus... Très doucement, Aline s'endort paisiblement.

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Herméneutique Qu'est-ce qu'un herméneute? Non seulement un herméneute est quelqu'un qui affirme que le monde est un langage, qu'une parole crée erre pour recréer sans cesse le monde, un herméneute est aussi quelqu'un qui affirme que le langage est, parfois, un monde, qu'il y ouvre ou que même il le crée; autre chose qu'un reflet. Quelle est sa démarche, à notre herméneute ? Peut-être qu'il navigue, peut-être la sphère des signes au sein desquels il évolue est-elle, en puissance, indéfinie ou indéterminée ; en tout cas, il dérive, dévie d'un cap à l'autre, il remonte les courants – flux d'idéalité, associations d'idées, chaînes de causalité. Cette pratique systématique pas vraiment un méthode mais plutôt technique involutive (plus que les ré-gressions et dis-gressions des pro-gressions discursives de type monologique) n'empêche pas celles du doute ou du questionnement, ou celles de la rigueur de l'analyse; et bien sûr il n'est pas le seul à contempler ainsi le langage. Un seul et unique et en même temps autant de langages uniques sans qu'aucun soit identique - ce qui en détermine les modes et les motifs, le devenir, c'est l'usage : celui qu'on en a, ou celui qui en est fait.

dimanche 28 août 2011

650 : samedi 27 août 2011

Comme dit le vieux proverbe blache, autant essayer de faire entendre raison à un Mélandrin que d’affronter le cyclone avec son pied.


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1 je te vois 2 je te regarde 3 j'ai l'impression que tu m'as vu et qu'à présent tu me regardes aussi 4 tu me plais 5 et j'ai l'impression que je te plais aussi 6 tu me parles 7 je me plais à croire que je te plais encore 8 tu me plais 9 tu me parles encore et alors tout me laisse penser que je te plais 10 ça te plaît de me plaire 11 je me plais à croire que je te plais plus encore que je tu me plais 12 c'est alors qu'on me demande si tu es réellement disposé à éprouver du plaisir pour moi (à ce que je te plaise) 13 je réponds que je me plais à croire que tu es tout à fait disposé à cela 14 j'écarte toute idée de malentendu à ce sujet 15 comment pourrais-tu te montrer si disposé à me plaire sans être tout a fait prêt à l'être? 16 cette idée ne m'avait pas effleuré le cœur tant tu parais si bien disposé 17 aussi maintenant j'en viens quand même à douter et à ressentir les effets physiques bien que n'étant pas du tout disposée à y croire 18 pour en avoir le cœur net, je te pose une question qui doit mettre un terme à ces questions de disposition 19 la réponse que j’attends je me le promets, va m’ennuyer, c’est presque gagné 20 je prends mes dispositions pour l’accueillir avec raison 21 je ne suis pas disposée à découvrir que tu es indisposé 22 il n’est ici aucunement question de domination 23 le temps passe et la réponse se fait attendre 24 cela n’augure rien de bon pour mon matricule virgule 25 soudain tes mots lâchent le couperet qui tombe à point 26 pour être sur que ça passe, sans casse 27 tu me rappelles que fellation rime avec bonbon 28 une rime pauvre pour une super prestation 29 je ne joue pas avec toi 30 je t’ai prévenu je suis très étonnée 31 et pas vraiment disposée à me faire berner


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Elle baisse ses yeux sur le lit d'hôpital sur lequel repose son fils. Son visage s'est enfin détendu, son souffle court s'est apaisé. Elle peut enfin s'asseoir et pleurer : tout ira bien.

samedi 27 août 2011

649 : vendredi 26 août 2011

Farigoule ne décoche plus. Il est humide l'air dedans, les peaux le relatent, toutes les parois qui glissent l'extérieur sont opaques — dehors c'est averse pressante. Les mots sont devenus vapeur. Combien de temps, cette inondation ? La nuit englobe l'eau. Il dort. Ne parle plus. Exténué de sa bouche. Buées. C'est un éclair de sommeil. La pluie. Noir. La pluie. Un ronflement peut-être, ou quelque chose. La pluie. Elle coule en eux à présent cette eau, c'est aller obstiné dévaler découdre. Noir, et dedans du plus noir encore. La pluie. Noir. Et soudain dans le noir, l'absence du plus noir. La nuit d'étire jusqu'aux pieds. Le dehors se tient là, fier, arrogant, & le noir. Le sommeil est haché, ne sait plus où se loger, tous les muscles compatissent. Le dehors de tient là, on a l'impression que quelque chose s'agite. Que se trame. Mouvements lourds qui coupent un peu le noir, du plus noir, il se lève, se tient là, arrogant, noir. Oui. Noir. Oui. Il est parti. Il a quitté la cahute. L'autre est bien seul, et où est-il allé ? La pluie semble se démettre. C'est tout à coup le matin, on le perçoit au bref silence et au plus froid qui accompagne le soleil avant quand il n'est que dissipation des brumes. Il ne pleut plus et ce matin il ne pleuvra pas. Sommeil, quand tu mords la nuit, le corps ou le lit, et ne repose guère. La peau ses poils ce sont des épines, au matin. Se lever c'est arracher. Le corps donne l'impression d'un incompatible, a dû glisser de lui-même, on n'a plus d'attache au paysage. Farigoule se demande d'où vient cette faculté que seuls les hommes cultivent — de se dissoudre ainsi dans la douleur, de nager à ce point au large du monde. Parfois le sommeil expulse. Parfois le sommeil pulvérise. Il se tient au chambranle au moment où les rayons viennent percer la cabane. Il devine les premières économies au loin ; un grand trait, cette raideur est humaine. Une route ou un champ. C'est peut-être ça aussi, qui déborde. Il faudra tout de même avancer vers, parce qu'un repas l'attend, les provisions s'amenuisent, avec les forces, et de se demander, peut-être, pourquoi on avance, pourquoi. En rangeant puis refermant le bouge, par deux fois, il y a ce couteau qui le traverse Où est-il à présent Où est-il à présent.


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Au coin d'une allée de mon rêve, j'ai rencontré un squelette, grand, étroit de clavicules, à la fois aérien, ou aéré, et solide, élégant, bien entendu, et avenant, oui, et même gracieux m'a-t-il semblé, extrêmement civilisé, doué d'un petit grain de dandysme qui l'amenait à abriter son absence de chair transpirante sous un petit parasol manié avec désinvolture comme une gigantesque ombrelle. Nous nous sommes salués avec l'aimable réserve qui sied entre inconnus.


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Elle se penche en avant, un peu trop, il sent son odeur d'eau de toilette mélangée à son dentifrice à la fraise. Par chance son haleine est fraîche et mentholée. Il peine à ne pas loucher sur son décolleté alors qu'il baisse les yeux pour éviter la vue nauséante des points noirs ancrés sur son visage comme des moules seraient vissés sur leurs pieux. C'est la dernière fois qu'il laisse tante Simone lui arranger un rendez-vous.


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Fini le temps de la veille avant la grande fête où on l'a invité. Dans cette pièce rectangulaire au plafond bas et aux murs taupe, flotte une odeur de banane mure qui déconcentre un grand jeune homme. Sans compter les crocs qui lui poussent avec la fringale qui s'est muée en faim cet après-midi. Faut qu'il se secoue. Deux jours qu'il est revenu dans l'idée de se changer pour la soirée, que la porte de sa chambre a claqué, sept heures qu'il n'arrive pas à l'ouvrir, à faire un pas dans le couloir et qu'il scrute des vêtements tombants des cintres métalliques comme des peaux de trophées fraîchement dépecées, deux jours sans arriver à choisir un truc qui ne serait que mettable, n'importe quoi qui emballerait proprement sa viande en lui donnant du style, une allure appétissante de bonbon même. Il recompte les pantalons puis les chemises... Pull blanc avec gilet noir ou tenter une chemise ? Noir et blanc, mélange zéro risque, couleurs antipodes font bon ménage, mais n'aurait-il quand même pas l'air ridicule ? Dans la penderie obscure les vestes à l'endroit pendent dans un coin isolé; la noirceur d'un blouson à mille lieux de sa main qui amorce un geste annihilé à la seconde suivante. Pierre se laisse tomber de tout son long sur le lit, il démarrerait bien un décompte de secondes comme avant un départ de fusée, le défilé des nombre l'apaise quelques fois. Ses paupières pâles se ferment, dérive à la surface d'eaux lourdes, pile au milieu d'un fleuve sablonneux parsemé de quelques minuscules îles, des rives et des détours arrondis, il flotte, (des habits sortiraient de la penderie de leur propre chef, le casse tête de devoir choisir quelle frusque, quoi mettre, ce qui irait avec quoi, se brise dans le vide). Même s'il déniche des fringues correctes, les femmes remarqueront forcément un bouton à moitié cassé, un ourlet pas à la bonne hauteur, elles ont l'oeil de biche aiguisé pour ça. - Buzzbrrr. Elles verront tout de suite qu'il est incapable d'être dans le coup. Celles qui ne le ratent pas de leurs sourires de souris navrés et de leurs clignements de cils charbonneux. Pouvoir passer dans cette fête en mode furtif, bien dans des baskets invisibles, jauger par aucune, quel plaisir fou ça serait. Si une fois, seulement une, profiter de la chaleur et des rires des femmes, ne plus être nul... De l'appartement du dessous s'élève une chanson énervée qui l'accroche : - Malade, est-ce que je suis malade ? Et pendant ces cinq dernières années, j'étais sorti d'ici ici, à l'intérieur de ce cerveau qui s'écoule dans la société, injectez-le dans vos veines. S'est pas fait chier le parolier pense Pierre en se traînant vers les pantalons. Encore cette saveur trop sucrée du hors-jeu, chaque fois qu'il est invité à une fête de filles, ses épaules qui se creusent. - Buzzbrrr, répété, régulier, ça vibrionne sous le lit, une palpitation rêche calée sur la batterie de la chanson... De l'endroit isolé sous le sommier et de sa noirceur s'extrait une libellule s'élevant vers une bulle d'air flottante, annihilée.

vendredi 26 août 2011

648 : jeudi 25 août 2011

Les Flottants coulent à pic dès qu’on les pose sur l’eau. C’est étrange mais c’est ainsi. Les plus orgueilleux d’entre eux vous diront qu’on leur a confié en haute instance une importante mission de repérage et les plus optimistes, que c’est au fond, qu’ils flottent.


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Ce jour là, le vent caressait l'herbe en la faisant onduler et cela créait des chemins mouvant que nous regardions avec plaisir. C'était la clé de tout, cette capacité que nous avions à trouver bonheur de choses simples et paisibles. Parfois encore, tu y repenses en souriant, il suffit d'une brise sur ta peau et tout à coup le monde est plus serein.

jeudi 25 août 2011

647 : mercredi 24 août 2011

Ai-je rêvé de cette maison où nous étions nombreux ? La vie débordait par toutes ses portes et fenêtres ouvertes les soirs d'été sur la terrasse, sur le pré qui dégringolait vers la haie de thuyas, rires, tous les timbres de l'enfance, brèves manifestations d'autorité bonhomme, heurt de balles sur un mur, plages de silence peuplées. Il reste une table et deux chaises sur la terrasse, à l'ombre de la tonnelle rousse, et tous les volets du premier étage sont fermés, clos sur les souvenirs, comme définitivement.

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Emportée par le courant du ruisseau, elle se débat contre l'eau froide, perd pied, retrouve une pierre de justesse qu'elle frappe de sa chaussure. Petit à petit elle se rapproche d'une branche à laquelle elle s'agrippe pour reprendre son souffle avant d'enfin regagner la rive. Assise sur l'herbe, grelottant, elle se frictionne énergiquement en regrettant l'espoir d'un feu. Au loin, les cris s'élèvent à sa recherche.