lundi 18 juin 2012

913 : dimanche 17 juin 2012


Les Soldats de Gaspard n'aiment qu'une seule chose : tourner. Tourner autour ou tourner tout court, tracer avec leurs pieds des cercles parfaits ou approximatifs (ils ne sont pas bégueules), marcher des heures, des jours, des années durant, le long de vastes ondées concentriques ou sautiller autour d’insignifiants orifices.

samedi 16 juin 2012

912 : vendredi 15 juin 2012


Les Paupiettes-du-Silence très vite s'endorment et se réveillent muettes. Elles font pourtant tout ce qui est en leur pouvoir pour soutenir la parole de qui leur parle. Mais c'en est trop, toujours déjà trop pour elles. Elles luttent contre l'engourdissement mais sombrent au bout de quelques instants. De la bavette taillée sur le pouce au dialogue socratique rien ne résiste à leur pesante indifférence. Ainsi les Paupiettes-du-Silence vont semant tout autour d'elles blessures d'orgueil et questions sans réponses. On se demande souvent à côté de quel insaisissable sujet de conversation, dans le jeu infini des probabilités, leur longue lignée a bien pu passer.

vendredi 15 juin 2012

911 : jeudi 14 juin 2012


Le store, grillage de fer, resté à demi ouvert... Au bas de la vitrine on apercevait une photographie encadrée. La photographie représente une fleur blanche, unique, une orchidée, dans un vase noir élancé, sur fond de ciel blanc, très lumineux. Assez lumineux pour en distinguer l'ombre nette, sur les contours indistincts du socle en pierre. On ne sait cependant si le regard ne pouvait être influencé par l'ordinaire des reflets du jour sur la vitrine. Ce qui se reflète, dans la vitrine... Ce qui s'y renvoie en un instant unique à chaque fois ce sont ces figures perdues dans le quotidien. Tout ce qui s'y reflète…Des centaines de visages, ne serait-ce que le temps d'une demi-journée. Les couleurs du ciel; nuages, ombrages, pluies, éclaircies, teintes pastel ou appuyées. La circulation; voitures, taxi, autobus, vélos, motos. Les panneaux publicitaires en face que l'on voit en obliques. L'usure des jours. Les couleurs du jour. Cette vitrine n'a pas plus d'une trentaine d'années. Par endroits le verre y est abîmé (usure due au frottement des stores de fer, érosion presque imperceptible, mais inévitable) Le verre, agglomérat de silice, défini par des qualités de transparence et de solidité, garde un temps la mémoire de la chaleur, pas celle des formes et des lumières que ce matériau renvoie. Sa structure isole l'intérieur de l'extérieur et répercute les ondes sonores d'une façon ou d'une autre dans un espace donné. Les bribes de paroles qui sont le fait des passants, les bruits de moteurs, klaxons, les bruits de freins générés par la circulation des engins motorisés, le son du chant des rares oiseaux. Tout ce qui s'y passe est éphémère ; on rencontre pourtant certains motifs répétitifs, certaines situations usuelles dans ces quartiers de la ville qui sont plus qu'animés, dans une des rues du centre, dites "commerçantes" où j'aime parfois m'en aller, au hasard, le soir venu, lorsque tout est fermé.

jeudi 14 juin 2012

910 : mercredi 13 juin 2012


Les Poètes d’Après pratiquent le don d’inspiration dans l’anonymat le plus charitable, et se séparent sans rechigner, de leurs plus beaux greffons rimés.

mercredi 13 juin 2012

909 : mardi 12 juin 2012


Jean a dit « il y a un salon près d'une rivière, il y a le bazar, il y a les bleus et chamois des tapis de Chine », il y a les tapisseries, les kilims et les tapis de la Savonnerie, les nattes, les tapis berbères, des tapis tout autour du monde, les tapis d'Anatolie et puis pour ma méditation heureuse il y a les tapis persans, il y a les tapis d'Ispahan, la variété des tapis de Gouhm, et le minah khani pastel et argenté d'un Héréké, il y a le bleu sombre en jardin choisi pour mon père, il y a quatre vingt ans environ, par un ami turc, il y a mon petit Gouhm, il y a tous les tapis que je rêverais d'avoir, les innombrables ateliers, quoique peut être devrait-on dire il y avait, il y a les laines du Khorasan, le coton, les soies, les fils d'argent, la garance, l'indigo, le jaune de la vigne et celui du safran, le brou de noix, le noir des poils de chameau, il y a l'univers des marchands, les souks pour touristes et les réservés, les tapis proposés sur les épaules dans les rues des ports, les tapis en gloire derrière les vitrines rue de Richelieu – il y avait – ou près de Saint Philippe du Roule, il y a trop longtemps, et la boutique qui est sous mon antre.

mardi 12 juin 2012

908 : lundi 11 juin 2012


Il existe une solution : simplifions la prononciation anglaise, vivement ! La prochaine rentrée avec sa fortune personnelle ? Un millionnaire peut créer au moins deux emplois, ce qui règlerait l’épineuse question du chômage en France. Reste à convaincre cette population dorée d’entamer un peu ses fonds.

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Quand les Bleus s’émeuvent, ils bleuissent. C’est-à-dire qu’ils sont encore plus bleus que bleu. On dirait des Avatars en colère, des bonbons chimiques, des Gendarmes qui font le poirier dans le parc de Saint-Cloud, des Schtroumpfs qui ont vu la Lumière. Au fond, ils ne sont pourtant qu’eux-mêmes, de simples Bleus émus et bleuis.

dimanche 10 juin 2012

907 : samedi 9 juin 2012


Chez les Poils-de-Buse, l’honneur est à cheval sur les principes qui se lèvent tôt et la vérité des valeurs brille au front suant des familles agricoles qui vont à Rome à cœur vaillant comme une seule patrie réunie à la force des cinq doigts de la main droite. Et pourtant la semaine de travail n’est que de 28 heures.

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Jean a dit «il y a une maison, il y a un bois, il y a un jardin, il y a l'automne», il y a la promenade intéressée, il y a les petits produits des campagnes, les champignons à lamelle, les champignons à pores, les phalles, les géastres, les vesses, les champignons en coupe ou en gelée, les lactaires, les bolets à pied rouge et les bolets Satan, les armillaires du miel, les cèpes, les coulemelles, les chanterelles, les clavaires, les girolles, les coprins et les galères, les lentins, les helvelles et les trompettes de la mort, les pleurotes et les oreilles de Judas, les amanites, les russules, les lépiotes, les extravagants sparassis et les xylaires, les morilles, les truffes, les arrêtés préfectoraux, les qui-se-mangent, les qui-sont-délice, les qui-sont-à-éviter, les tueurs et les champignons magiques des coréens, et puis c'est vrai il y a les mycoses des pieds, l'ergot du seigle, le midiou et autres mais ça c'est une autre histoire, alors revenons aux champignons à fumer, et n'oublions pas l'ail et le persil.