jeudi 9 septembre 2010

301 : mercredi 8 septembre 2010

C’était se croire jeudi.

-------------------


À chaque solution son problème, méthode graduée (3/4) : la troisième situation est la suivante : vous êtes impliqué dans un problème dont vous n’êtes pas responsable et dont les conséquences ne sont pas réparables, ni le préjudice subi dédommageable. Ici, la gravité des dégâts entre en ligne de compte, et les réactions des responsables du tort sont variables. Certains, souvent chrétiens, tiendront à affronter leur culpabilité pour l’expier et à faire pénitence, ils se sentiront perpétuellement redevable à votre endroit. Ceux-ci prendront de nombreuses initiatives pour vous être aimables et ne vous refuseront plus jamais rien. Ce scénario est le meilleur de tous (il est d’ailleurs affectueusement surnommé “le gros lot”) - s’il n’était aussi improbable, nous encouragerions tout un chacun à subir délibérément des préjudices afin d’en bénéficier. D’autres fauteurs de troubles, face à la certitude de ne pouvoir jamais résorber leur culpabilité, vous éviteront désormais constamment, et vous offriront la garantie quasiment complète que vous ne les reverrez plus jamais autrement que par accident, occasions au cours desquelles ils se distingueront par leur discrétion gênée et écourteront immanquablement l’entrevue. Dans ce cas précis, vous êtes perdant, il existe cependant des compensations morales et affectives : le sentiment d’avoir été victime d’une injustice est intimement valorisant et somme toute agréable, et il offre de nombreuses occasions de se faire plaindre - qu’il conviendra de saisir - auprès de celles et ceux que vous entretiendrez de la situation. Enfin, le troisième cas de figure consécutif à la situation n°3 : l’auteur du dommage que vous subissez ne ressent aucune culpabilité et n’éprouve aucun sentiment de culpabilité, son comportement ne sera en rien modifié par la mésaventure qu’il vous a fait subir. Cette situation, qui n’est pas sans être humiliante, est la situation la plus pénible de toutes. Elle n’empêche pas les compensations morales et affectives déjà mentionnées (sentiment d’injustice et occasions de se faire plaindre) et surtout, elle présente les circonstances très spécifiques dans lesquelles la vengeance est pertinente et légitime, bien que devant être exécutée d’une façon qui garantisse une bonne protection après coup.


-------------------


Manège Lundi, sur la place, Martine et les enfants, sont restés hésitants, dépités, devant le manège cadenassé derrière ses barrières. Mardi, Martine et les enfants ont constaté que le manège était toujours arrêté et la cahute fermée. Mercredi.... Jeudi, ils sont allés faire du patin dans la cour de leur grand-mère, et ils pensaient à la rentrée des classes et au manège inaccessible. Vendredi, ils se sont disputés autour de cahiers, de crayons de couleur et de dessins, pendant que la pluie ruisselait sur les vitres. Samedi, ils sont arrivés en courant sur la place, et se sont trouvés dans un groupe d'enfants, becs ouverts, chougnant, ou tirant la main de leur père ou de leur mère pour les entraîner vers autre et préférable plaisir. La marchande de colliers s'est approchée et leur a expliqué que le patron était triste, très triste, trop triste pour venir, et que la dame, et bien la dame on ne savait où elle était. Martine et les enfants ont acheté des glaces et sont allés au cinéma.

mercredi 8 septembre 2010

300 : mardi 7 septembre 2010

C’était partir le midi avant les autres, « j’ai un déj’ », uniquement pour se retrouver seul, dans un restaurant que l’on savait jamais fréquenté par les collègues ou dans un parc, une cour d’immeuble proche et tranquille, avec un sandwich et un livre.

-------------------


À chaque solution son problème, méthode graduée (2/4) : deuxièmement, une situation qui vous voit impliqué dans un problème dont vous êtes responsable, alors qu’il est encore possible de le régler favorablement ou de pleinement réparer les préjudices causés. La situation est moins confortable, voire désagréable, mais sans conséquence au-delà du court terme. Feignez un net sentiment de culpabilité et d’un vif souci de rachat, et réglez le problème dans les plus brefs délais (cette étape est incontournable dans le bon déroulement du processus). Vous trouverez là l’occasion de faire la démonstration de votre conscience morale et de votre sens des responsabilités auprès des autres personnes impliquées (qui, souhaitant faire étalage de leur mansuétude et s’éloigner les vengeurs, ne sauraient refuser vos excuses et ne pas prendre acte de votre gestion scrupuleuse de l’affaire).

mardi 7 septembre 2010

299 : lundi 6 septembre 2010

C’était tomber malade, rhume, fatigue, mal de crâne, et ne pas aller chez le médecin pour si peu, se dire qu’il était plus important d’aller travailler et puis qu’aurait-t-on dit ? Quelle excuse valable pour ne pas, un jour, deux jours, produire, avec un simple rhume ? Penser aux cotisations ne suffisait pas, ce qu’on avait critiqué des autres se retournait alors contre nous et la maladie, après cinq jours, était toujours là, nous ralentissant dans la tâche, le cerveau embrumé, sinusite, bronchite, algorithmes liquéfiés, compréhension brumeuse, documents hiéroglyphes ; mais au poste, fidèle, consciencieux.


---------------------


À chaque solution son problème, méthode graduée (1/4) : une situation qui vous voit impliqué dans un problème dont vous n’êtes pas responsable, alors qu’il est encore possible de le régler favorablement ou de pleinement réparer les préjudices causés. Passée une éventuelle contrariété lors de la prise de connaissance de l’incident, on constate une situation tout à fait plaisante et avantageuse, puisque le problème sera réglé ou le préjudice compensé, en vertu du puissant mécanisme incitant tout un chacun à socialement préserver les apparences tant que c’est possible. Vous n’y perdez rien et recevez des excuses, en ayant donc le loisir de les accepter ou de les refuser. Les accepter est vivement conseillé, de préférence devant témoins, le fait qu’il vous ait été possible de les rejeter mais que vous n’en ayez rien fait valorisera votre mansuétude, et vous écarterez des inimitiés possiblement dommageables en des occurrences ultérieures. Évitez de vous attirer les désirs de vengeance, il s’agit là d’une règle d’or, que l’on ne peut outrepasser qu’en quelques circonstances très spécifiques.

lundi 6 septembre 2010

298 : dimanche 5 septembre 2010

Un con temporain. / Il n’est pas rare que je ne fasse rien. Il est même fréquent que je m'enrubanne de néant. Et c’est bien comme ça. C’est qu’il m’est difficile de me présenter au bal des ambitieux hyperactifs, je n’ai pas trouvé de cavalière daignant souscrire à mon contrat de charriage. Oui parce que je ne branle rien, certes, mais ça ne doit pas pour autant m’empêcher de railler. / Je moque dès le matin, dans mon caleçon sale, sous mon casque de cheveux gras. Je moque Leymergie et ses chroniqueurs, actifs dans l’inutile. Je moque Dhostel, pantin gadgetisé et bonplanminceurisé. Je moque même, dieu m’en pardonne, Dounia Coesens et Laetitia Millot, plusbellelavitement rediffusées. / Parce que s’ils bougent, ils n’ont surement aucune foutre idée du pourquoi, du comment, et du oùva. Alors que moi je sais. Je sais que si mon mollet gauche s’agite trop, le trop plein sanguin guette. Le caillot malin, l’artère obstruée, le délire pré-mortem… Si les contacts électriques entre mes synapses cérébrales se multiplient, c’est la surcharge, le Tchernobyl crânien, la coupure EDF ultime, le generalelectricdisaster corporel. Alors je paie ma facture, assis devant l’écran. Je ferme les yeux, souvent. Précaution cornéenne oblige. Je stoppe le fil de mes pensées. Ténu. Je capitalise. / Mon heure viendra. Magnifique, irréelle, évanescente. Ils brûleront sous le feu de mon génie. Ils se jetteront à mes pieds racornis et sales. Ils me publieront, m’interrogeront, me citeront, me vidéasteront, me brangelinariseront. Je baiserai Evelyne Dhéliat et Daniella Lumbroso. Peut-être même Fabienne Amiach. / Ah, Fabienne… ma prêtresse du temps. Mon biorythme. Mon 19:50 à moi. Digne héritière de la dynastie Gillot-Pétréïenne. Un ange parmi les nuages. Une éclaircie dans la bourrasque publico-visuelle. Excitation. Afflux sanguin. Risque. Stop. / Plateau repas. Merci maman. Famille Abbot.

------------------


De tous les romans que nous livrent cette nouvelle rentrée littéraire, Le corridor des mirages de Philippe Desjardins est à coup sûr seul qui parvienne à entraîner son lecteur aussi loin dans les arcanes de l’âme humaine. Réfutant d’emblée, dans une courte préface aux accents de manifeste, l’étiquette désormais tant galvaudée de l’autofiction – cet exercice de style superficiel où les grincements du Je ne parviennent guère à dissimuler la navrante gratuité du Jeu –, Philippe Desjardins nous livre les doutes et souffrances d’un narrateur anonyme. Au fil de ses 130 pages, le récit s’achemine vers une issue qui, on le devine dès la phrase d’ouverture, ne peut être que tragique : Si au moins l’amer de la mort m’arrimait un minimum !... Incipit suivi d’un huis-clos de 24 heures que rien ne trouble, si ce n’est la sonnerie de son téléphone portable – qui n’est autre que le riff assassin du Happy Family des Ramones, groupe rock emblématique des années 80 : Dernière laisse en date… désastreuse antidote au doute… antidote au seul… Autre objet récurrent, l’ordinateur sur lequel sont visionnées quelques vidéos de concerts punks postées sur You Tube : Rien d’autre que des déchets numériques, cadavres maintenus à la surface du temps par leurs poumons gonflés d’inanité. Une fois mis à mal l’étendard de la contre-culture, il semble bien qu’il ne reste plus rien : À ça que tu t’agrippais, à des conneries braillardes… Fuck off ! Délaissant les oripeaux du punk, qu’il avait si souvent mis en scène par le passé, Philippe Desjardins préfère désormais s’attacher aux objets du quotidien – la description du placard à pharmacie, modèle d’hyper-réalisme et d’autodérision ironique constitue à lui seul un morceau d’anthologie – afin de mieux nous placer au cœur d’un quotidien angoissant et quasi fantastique : Tu le sais : fixer cette cafetière pourrait t’emmener si loin ! Avec ce nouvel opus, l’auteur de L’envers de l’Enfer quitte ainsi les rivages de l’épopée déjantée dans laquelle il excellait, pour aborder une écriture plus complexe et plus universelle, mais néanmoins toujours aussi tonique.


------------------


J'aimais l'écouter parler, ce qui n'avait lieu que quand nous étions seuls, ou que l'assistance était peu nombreuse et fidèle. L'auditeur au sourire un peu énigmatique se muait alors en discoureur intarissable, qui s'emparait de chaque sujet volant entre nous pour le creuser, avec minutie, profondément, si profondément que cela n'en finissait pas, et une idée en entraînant une autre, il bifurquait, et nous le suivions dans ce dédale qui paraissait aussi évident qu'étourdissant. Je l'écoutais, ayant presque oublié, comme tous, comme lui, ce qui était au départ de cette dissection, et j'attendais avec un espoir chaque fois renouvelé, chaque fois déçu, qu'il parvienne à dénicher la moelle des choses.


------------------


On était parti au désert pour être tranquille. On en bavait. Les derniers temps avant le départ avaient vraiment été pénibles, des tas d’histoires vraiment sales qui s’étaient enchaînées, au bout d’un moment on avait cru que ça ne s’arrêterait jamais les ennuis, et en même temps que ça avait déjà bien trop duré. C’était comme si chaque nouvelle journée ne se présentait que pour nous refiler des emmerdes, comme un éphéméride. Un éphéméride d’emmerdes, avec les pages qui se tournent toutes seules, et pas de dimanche ni de jour férié. Alors on s’est dit qu’on n’avait plus rien à faire ici, qu’il fallait qu’on parte là où notre vie ne nous rattraperait pas, et dans le désert on a pensé que ce serait ce qui nous fallait, vu qu’il y en avait un pas loin, et qu’il n’y avait rien là-bas, et donc rien pour nous faire des crasses. Il fallait qu’on soit à bout, qu’on soit à un point où on préférait renoncer à tout, parce que le désert, la rudesse des éléments et la vie austère, ça nous avait jamais traversé l’esprit avant. Au début, on a été content, on avait trouvé une bicoque abandonnée, en bois, en bas d’une falaise. Et puis après deux ou trois heures passées dans la maison, ce qui nous avait plu depuis notre départ, qu’on n’était pas la en balade mais à l’endroit où on commençait une nouvelle vie, c’est justement ce qui nous a fichu la trouille et surtout qui nous a complètement découragé. Passer son temps ici, jusqu’à ce que peut-être un animal vienne nous becqueter, ou alors que l’un d’entre nous se mette à bouffer le cadavre de l’autre qui était crevé de soif pour différer de quelques jours le moment où il y passerait aussi, les possibilités d’évolution n’étaient pas bien excitantes. On est rentré en ville avant la fin de la journée finalement, mais pendant quelques heures on avait pris la décision de partir, et on l’avait fait en y croyant, qu’on l’avait fait, vraiment. C’était un échec cuisant, mais quand même, on avait été capable de se croire capable.

dimanche 5 septembre 2010

297 : samedi 4 septembre 2010

Il s’était assoupi, dos au mur, la chemise ouverte, dans la chaleur tressée de l’après-midi. Simple et beau, dans son abandon. Le savait-il, seulement ? L’autre le regardait, debout, entre des pans de lumière et l’improvisation d’un joueur de guitare. Depuis le cou jusqu’à l’orée du ventre, il fit glisser, lentement, le pinceau fin de son imagination. Dans son sommeil, le garçon prenait des poses. La poussière était douce, le désir un peu trop fort. Il reprit son chemin à travers la ville ancienne. Le garçon dormait encore. Faisait-il semblant ? Sur son corps passa l’ombre d’un doute. Sur ses lèvres, un sourire. Léger...


--------------------


Quand le bateau a quitté le port, son tourment s’est apaisé un peu. Il regardait les immeubles du front de mer s’éloigner et découvrir au fur et à mesure qu’ils rapetissaient les hauteurs de la ville derrière eux, puis il vit plus largement la côte dans la lumière du matin, en pensant bien, un peu trop délibérément, que c’était la dernière chose qu’il verrait jamais de son pays, sauf si les choses tournaient mal pour lui, et que les autorités policières de là où il se rendait lui mettait le grappin dessus. Dans ce cas, il reverrait certainement son pays, et de l’intérieur ses équipements judiciaires et pénitentiaires. Il faudrait déjà qu’on comprenne sur les lieux qu’il laissait que le coupable était lui. Peut-être était-ce déjà le cas maintenant qu’il partait, peut-être retracerait-on son trajet depuis les faits jusqu’à sa traversée à valeur d’aveu, et qu’on l’intercepterait pour l’extrader dès sa descente du bateau. Cent autres façons de mal tourner étaient possibles pour ses affaires là où il allait, mais dans l’incapacité qu’il était d’esquisser les contours de ces mauvaises fortunes potentielles, il ne les envisagea pas alors. Il les connaîtrait bien assez tôt, si d’aventure elles se présentaient à lui.


--------------------


Giselle II. Résumé de l’ellipse. Albrecht, galant Duc de Silésie, tombé par la belle à l’épisode précédent, a proposé à Giselle de tirer son eau de puits pour elle. Mais après avoir remonté le seau du trou, Duc Albrecht le lui a malheureusement renversé dessus, mouillant bienencontreusement sa chemise de nuit, déjà pas bien couvrante... Épisode du jour. Tirant sur sa chemise, mouillée pendant la scène susévoquée [geste presqu’innocent ayant pour effet notoire de favoriser une certaine transparence dont Albrecht, gourmet visuel, s’attache à saisir toute la profondeur], Giselle ne peut s’empêcher de zyeuter aussi du côté du goujat dandinant. Car Albrecht, pendant ce temps, réitère l’opération du seau, les fesses en balancement. Il récupère enfin le deuxième essai sorti du puits et entreprend, bouche en sourire, son retour triomphe vers la translucide [qui, de son côté, minaude encor : seins tordillant lourd sous l’œil capté d’Albrecht aux longues envies ; battement colibri de cils mignon et regard jésuitique feignant d’ignorer l’oeil lascif de l’inconnu Gisellophile, posé insistamment sur son joli sein droit, qui a pour lui, il est vrai, un petit surplus de beauté, un surcroît non négligeable de sensualité qui en fait une proie de premier choix pour le connaisseur, pour l’exigeant. Oui, une gravité particulière et insistante, pointant haut mais arrondi quand même par la pesanteur charnelle, qui fait de ce beau rotond droit un aimant à regard ! De plus, l’humidification accidentelle de la chemise susdite est particulièrement prononcée à cet endroit précis, ce qui facilite évidemment la désirabilité du dextre rebondi. En substance, Albrecht est conquis par ce consolant droit, un monde parfait. Du coup, le gars mélo gaga se jette sur ses genoux, renversant du même coup la moitié du seau 2. Mais cet ouragan de seau semble étrangement du plus bel effet sur l’émoi de Giselle, si l’on en juge par le sourire coquin qu’elle esquisse discrètement à petits coups de langue sur sa commissure droite. Elle nous trame quelque chose, je vous dis. Là, tenez, voilà ! Reculante, elle bondit sur la margelle du puits et se met à tourner, et tourne, et tourne, et tourne pour l’envie, Albrecht la regardant penaud au bord du puits. Mais Albrecht, car Duc, bientôt se ressaisit, il sait que pour son coup va falloir jouer fin. Heureusement que Wilfrid, son domestique, lui sert aussi, à l’occasion, de maître de ballet et qu’il lui a appris quelques pas du Bongoût. Remémorance rapide [pendant ce temps deux tours de l’Astre rayonnante] et voici qu’Albrecht entreprend sa parade. Pan paon léger sans plume, il roue en avançant : pied droit, posé, puis l’autre, demi-tour, mouvement du bassin, retour eeeet saut, réception, tour complet, pause, révérence, et reprend la ballade : pied droit, posé, puis l’autre, demi-tour, mouvement du bassin, retour eeeet saute, réception, tour complet, pause, révérence. Gagné deux pas. Reprend, encor, allez, plus haut le menton. Voilà, voilà : trois pas. Arabesque ? Ok, allez, tranquille, sans forcer. Haut le menton, le pied tendu tendu tendu, tendus aussi les doigts, oui, repose, voilà, salut. Elle tourne, elle tourne, elle saute, réception-position bras. Face-à-face tendu des deux danseurs émus. Je touche ? Je touche pas ? Allez, elle prend sa main. Lever-ciel diagonale-est, demitournée main sur la taille, tour entier de girouette, lui avance doucement, contact fesse - bas ventre, réponse-réaction : lâcher-main, petit saut en avant, décolle les talons, tour mains jointes pointes…pointes…pointes…pointes…pointes…pointes…pointes, retour position regard sourire salut. Albrecht avance un pied, puis l’autre, demi-tour, mouvement du bassin, retour eeeet saut, réception, tour complet, pause, révérence. Tendre le bras vers taille, ô douce ! Giselle immobile regarde le galant, écartement des bras, les mains légères, battement, révérence arrière, recul recul, pas de côté pas de côté, demi-tour, départ course eeet saut réception-margelle et aaaaaaa-rabesque. Voilà, superbe, parfaite, reprend ta position and now le big final : préparation triple axel avant rattrapage bras musclés éééééééééééé…HOP ! Albrecht s’était avancé : bien vu ! Il rattrape l’agile dans ses bras, la pose, bascule quart de tour demipause, et baiser. Smouic. Et rebaisééééééhounnnnnn/ ahh /hounnn-lèvre-hou…nnnn/aaaaah-hounnsmouic-supérieure-lèvre-supérieuremmmhounasmouic, langueumlllllahounnnlll langue-tournoyante, et main-taille serrée, plus fort, roulée-pince-serre, encor, languelllalalalanhounnngue réponses parfaites de la belle, haleine de pêche, Giselle est faite. Amour-flash dansé dans ces bras-langues entorsadés d’é-CLAIRS ! Rideau.

samedi 4 septembre 2010

296 : vendredi 3 septembre 2010

C’était ne pas prendre un sandwich devant l’écran comme le reste de la semaine et aller manger au restaurant parce que c’était vendredi, parce que c’était déjà un peu le week-end, parce qu’en début de mois il y a toujours plus de tickets restau, parce que ça faisait du bien de retrouver les collègues hors du bureau, hors de la pause au bureau, un moment à l’extérieur, une sortie, et le temps, ne pas voir passer le temps, jusqu’au moment où après le café il fallait bien payer, partir, rentrer, s’asseoir, terminer la semaine.


---------------------


"Lorsque tu mens toujours tu restes calme : tu n'es pas toi le genre à perdre ton calme ; jamais les apparences ne trahiront vraiment ce qui peut bien se produire en ton for intérieur. Lorsque tu mens la pupille de tes yeux se dilate. Je l'ai vu. En deçà d'un léger froncement de sourcils sur ton visage des intensités mentales font gonfler la veine sur ton front au travers. Lorsque tu mens ton sourire n'est plus ton sourire; autour un rire mental s'efface, évanescent. Alors on voit comme s'avancer les pointes de tes dents, ce qui forme un curieux ensemble avec la ride d'expression verticale sur ton front: car lorsque tu mens tu t'obliges à y croire, quelque chose un jour te força certainement à prendre au sérieux tout ce qui passât par toi. D'ailleurs depuis que tu mens le miroir ne te semble plus renvoyer les traits de ton visage, mais bien d'autres images,

qui parlent à ton mensonge."

---------------------


Où demeurent les pierres en soi, parfois plus grandes incommensurablement que ce qui les contient ? Elles se font oublier à l’esprit comme au corps l’air qu’il respire, sauf lorsque la respiration se fait douloureuse et que l’air se sent passer à travers soi, et qu’on voit ce qu’on lui doit en sentant où l’on va sans lui, sauf quand les pierres dans notre esprit reviennent à nous comme cailloux dans nos chaussures. Nous fabriquons des pierres qui nous dévorent mais nous maintiennent pour que leur fabrication se poursuive, elles sont de l’obscurité qui nous empêche de les voir.


---------------------


J’ai plongé mon âme en toi, flacon de laine cotonneuse, ô soie ciel de soir seul.

vendredi 3 septembre 2010

295 : jeudi 2 septembre 2010

C’était, vers onze heures, se demander où était tel collègue et se voir répondre par son chef d’équipe qu’il était malade ou en RTT, ou pas là ce matin pour une raison personnelle ou familiale ou autre et en soi penser qu’un jour on pourrait bien trouver quelque chose, n’importe quel prétexte, fuite de robinetterie, cambriolage, perte de carte bleue, pour suspendre ne serait-ce qu’une demi-journée, ce quotidien-là.


--------------------


Il faut qu’on ait assez oublié, et que suffisamment de choses d’alors n’existent plus pour nous, pour qu’on puisse en parler. Pour qu’on puisse en dire des bêtises et des banalités sans que ça nous dérange, pour qu’on puisse proférer des contresens à son sujet sans s’en rende compte, certain autant qu’on avait pu s’en convaincre de sa légitimité, et protégé à ses propres yeux de toute illusion rétrospective. Là, on passera du silence empêché par la proximité, la complexité et la résistance du réel aux clichés ineptes drapés d’évidences admises. Alors, on pourra parler, et dire que c’était un idéaliste extrêmement bien intentionné mais dont les idées étaient dépourvues de la moindre efficience et de toute possibilité de réellement se muer en conséquences factuelles consistantes. Et dire que c’est pour ça qu’on l’avait aimé, parce qu’on s’était convaincu un instant qu’il était davantage, tout en sachant bien sûr au fond de soi de quoi il en retournait véritablement avec lui, et dire surtout que c’est pour ça qu’il avait échoué et que ses résultats étaient condamnés à la quasi-nullité, comme c’était d’ailleurs bien prévisible puisque la même situation s’était présentée trente plus tôt et que de causes en conséquences les faits s’étaient enchaînés de la même manière, ce que d’ailleurs on avait senti très tôt à l’époque, et maintenant aux deux époques, passée la bienveillance de politesse. Sauf qu’on n’avait rien prévu, parce que rien n’était prévisible ni comparable, et que si nous disposions d’une mémoire honnête et étions libérés des mécanismes mentaux voulant nous convaincre de notre propre intelligence, nous saurions encore, nous saurions tout de même mais ne saurions que ça, qu’aucune conclusion ne sera possible, et qu’aucun passé ne saurait cesser d’être présent sans que nous soyons déchus.


--------------------


Gloire aux gloussants glossolales qui par leurs réglos glouglous glorifient le glossaire global ! Cet agglomérat de globe-trotters du glossème compte plus d’un globuleux glossographe, mais c'est qu’ils sont tous beaux gloutons ! Et pour tout kouglof, ils engloutissent maintes églogues, qui leur sont de globeuses glossettes anti-glossite dans leur igloo. Car ils glougloutent leurs glops de polyglottes, au risque des glossoplégies, voire des glossectomies, et nous glosent ainsi de grandes glottochronologies, tels de paléo-glossologues glosant sur les glossopètres d’aiglons globulolysés (ou furent-ce des glossettes ?) qui ne glottorent plus depuis longtemps ; ou bien sur les glossoptéris, ces proto-glouterons agglomérés chez les troglodytes glozéliens ; ou encore sur les glottes des glossines et les glosses des gloméris de la saint-glinglin. Sur leurs globoïdes glockenspiels, en tout cas, ils nous désanglotent dans nos gloriettes ! Glorifions donc par des glorias anglo-normands, mais sans gloss ni gloriole googlomorphe, leur glossématique englobante qui est une vraie glottopolitique, autrement plus glorifiable que celle de tous les Pangloss anglophobiles de Globalisation ! Car les glossolalies sans fin de ces fins glossomanes sont mon hémoglobine.


--------------------


Je relis pour la troisième, quatrième, ou ne sais, peut-être cinquième fois, la lettre. Je m'arrache. Je lève les yeux. Au dessus de moi, un lac ou un étang, et des plantes qui se penchent sur lui. Une lumière douce. Un bleu clair, mais très bleu, si bleu que le soleil doit certainement filtrer à travers des arbres pour toucher cette eau calme qui me surplombe. Au centre d'une clairière. Agréable. Un asile secret. Je regarde, je regarde et je laisse tomber la feuille. Je sursaute. Je la ramasse. Je me redresse. Devant moi un lampadaire, une corbeille de fleurs faussement sauvages juste sous la lampe, et le ciel au dessus, qui pâlit avec le soir. Oui, le réel. Dommage. Décidément j'étais assez bouleversée.


--------------------


Deux avions de ligne tracèrent les premières lignes droites, blanches dans le ciel bleu, de la figure géométrique, objet de l’exercice du jour. Celles-ci se croisaient nettement à angle droit. Un troisième avion vint très vite compléter l’esquisse, par une droite coupant les deux précédentes, dessinant au final la figure classique d’un triangle rectangle, dont il était demandé de déterminer la surface. Un exercice d’une grande facilité. Les élèves, du fond de leur transat de cours, l’œil fixé sur le ciel, n’eurent guère de mal à évaluer les distances et la valeur des angles. Mais l’affaire se corsa quand le Paris-Athènes déboula de l’horizon pour diviser la figure en deux, formant d’un côté un triangle plus petit, équilatéral, rien de compliqué, mais de l’autre un trapèze de forme biscornue, dont le calcul de l’aire se révéla un vrai casse-tête, vue de la terre. Au final, la moyenne des notes des étudiants participant à cet exercice de géométrie atteint 13,5/20, un bon niveau. Supérieur à celui de l’exercice de la semaine précédente, consistant à calculer le diamètre du cercle tracé par le satellite Envisat autour de la terre, dont il avait fallu guetter le passage trois nuits de suite avant qu’un ciel dégagé et sans lune en permit une bonne observation.