mardi 14 juin 2011

577 : lundi 13 juin 2011

De son siège il ne voit que son profil décidé et ses mains gracieuses qui volettent dans ses cheveux noirs afin d'y remettre de l'ordre. Elle est entourée de grâce et de mystère... Il aimerait oser ses désirs, se lever et plonger dans ses yeux noirs, lui adresser la parole et avoir enfin une réponse, un début de rêve ou une désillusion... Comme tous les matins elle se lève une station avant lui et il la regarde partir. Demain, peut-être...

lundi 13 juin 2011

576 : dimanche 12 juin 2011

Bref, Léon fut pris de court.


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Près de la décharge, face au cocotier, j'attends les rats. Bientôt, je sursaute : je vois un cube assis sur des mâchoires me regarder fixement. C'est un jouet... On l'a placé là pour me surprendre. Si j'ose l'attraper, j'apercevrai le mécanisme sous son ventre. Sans bouger, le cube continue à m'observer. On dirait qu'il est en bois de cocotier, mais ses yeux sont vivants. Je prends un morceau de palme sur le sol et je l'approche du cube. Il se met à courir sur le côté, puis il disparaît, happé par un trou. Je remarque alors plusieurs cavités dans le sable. Elles sont petites et rondes. A voix haute, je me demande qui les a creusées et pourquoi.


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Erratum ! Personne n’a respecté la règle des trois pour cent. Pourtant cela laissait une marge appréciable. Une péninsule hérissée de rochers. Des divergences qui tirent à hue et à dia. Un soupçon de doute, appliqué aux endroits voulus, ne serait pas superflu. Mais de là à attraper une grippe constitutionnelle, il n’y a pas loin. Vous le voyez, le glissement de terrain ? Il permet, d’un pied léger, d’intégrer une bonne dose de contradictions.


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Michel écoute le brouhaha qui monte jusqu'à son chalet depuis le gîte des Montagneux. Ce soir il reste chez lui à attendre le silence. C'était si simple, avant, il s'y rendait tous les soirs relâcher la tension de sa journée avec ses vieux amis, seul d'abords puis avec Amandine. Aujourd'hui ils prennent leurs tour, s'évitant soigneusement mais laissant à l'autre la possibilité de soirées conviviale avec leurs amis d'enfance. Michel ne se fait aucune illusion, Amandine et lui ont partagé un beau chemin avant de bifurquer chacun sur sa route, mais il rêve néanmoins de pouvoir rester chez lui ou de sortir sans calcul ni arrières pensées, et surtout sans rapport avec Amandine.

dimanche 12 juin 2011

575 : samedi 11 juin 2011

Notes marginales : admettre une fois pour toutes (et ce quitte à choquer l’Université française !) que Léon doit autant à Fénéon qu’à Plume Latraverse !


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Comme des objets hétéroclites qui s’échappent soudain d’un carton de déménagement déchiré, et qui veulent obstinément vivre leur vie sans nous, mais on les remet très vite dans le droit chemin, nom d’un petit bonhomme ! ainsi des souvenirs sans queue ni tête débarquent sans avoir été invités, et insistent pour être reçus avec les honneurs dus à leur rang : passez votre chemin, jusqu’à nouvel ordre c’est tout de même moi qui fais la loi ici, je vous le rappelle. Revenez un autre jour, ou plutôt non, ne revenez pas, on vous écrira.


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11. Le crayon du docteur Mouton Le docteur Mouton est le médecin de famille. Il vient souvent à la maison avec sa grosse sacoche en cuir remplit de boîtes métalliques, de médicaments, de carnets d’ordonnances, de feuilles de Sécurité sociale… Elle est toujours beaucoup trop pleine, & le plus souvent les embouts en cœur du stéthoscope en dépassent — nous avons tous cette image en partage. Il écrit avec un gros stylo noir, en bakélite, à la plume en or, sur ses ordonnances. Il écrit très gros & très bien. C’est rare. Les médecins, en général, écrivent comme des cochons. Le docteur Mouton aime beaucoup l’opéra, il en parle souvent. C’est sa seule distraction. Il a entendu la Callas dans Tosca, une fois à la Scala de Milan. L’orchestre était dirigé par Victor de Sabata. Un jour, j’ai une angine blanche de plus, il parle à ma mère, en regardant mes amygdales en feu, de Régine Crespin qui est venu chanter à l’Opéra de Dijon quelques jours auparavant. Il prescrit, entre deux airs de la Maréchale, un badigeon & quelques cachets. Il prend un reste de crayon posé sur la table de la cuisine pour battre la mesure. Je crois entendre moi aussi la musique de Richard Strauss. Des années plus tard je ne me lasse pas du Chevalier à la rose, mais dans la version du Philarmonic de Berlin sous la direction d’Herbert von Karajan, avec Elisabeth Szcharfkoff dans le rôle de la Maréchale. En partant, le docteur Mouton a gardé le reste de crayon de maman. C’était un crayon encore assez neuf, de couleur rouge, avec une gomme cerclée de métal dorée à une des extrémités. Je me suis, la semaine suivante, acheté le même qui fut ma première baguette de chef d’orchestre. Depuis, chaque fois qu’un chef lève sa baguette dans la fosse, j’ai une petite pensée pour le bon docteur Mouton.


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Lorsque Bertrand avait donné rendez-vous à Lili au Da Rosa, il ne pensait pas qu'elle viendrait accompagnée de sa sœur et de son beau-frère.

samedi 11 juin 2011

574 : vendredi 10 juin 2011

Campagne pub : Léon, tellement plus que deux syllabes…

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Ami herméneute, tu aimes les signes tu émets des signaux. Tu traces des lignes, tu places, tu disposes, tu jonches ton espace de repères, de marques, de balises. Perspectives. Tu en recherches l'angle, le code, le chiffre. Au plus loin que tu peux te souvenir, tu as toujours été fasciné par messages que sont parfois pour toi les signes et comme captivé par leurs univers de sens. Tu les observes longuement, autour de toi, ces réalités et leurs degrés, tu y vas patiemment suivant le train où vont les choses et les rythmes qu'elles imposent - ou non. Leurs différentes acuités, présences, ou profondeurs, toujours plus ou moins lourdes, toujours plus ou moins denses... Et tu modules, tu séquences, tu fragmentes en éclats de sens. Tu deviens prisme et tu regardes au travers. Tu te parcours, tu te traverses. Seulement toujours t'échappent les secrets de tes transports. Aussi semble-t-il qu'un épais brouillard t'encercle à chaque fois que tu t'y reconnais, toi, dans cela que tu vois autour de toi. Tu finis par devenir cet être transparent que tu avais déjà évoqué auparavant. Celui à qui on peut prêter n'importe quelle intention, n'importe quelle qualité d'attention. Et les distances par lesquelles il s'absente sont aussi l'oubli de lui-même, calme méditation où le monde lui aussi s'oublie.


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J’ai le pied marin, mais sur ce plancher des chèvres, c'est pas ce qui compte. Quand l’aube sera plus rose, ce sera le moment de mettre les voiles. Un bronzé à la tête d’ange, avec des grosses joues, a invité tout le monde chez lui. La classe. Tout y est grand, doré, des angles partout. Open buffet, des pois chiches en salades, des haricots et des fèves, on se régale mais ça ballonne. Plus d'une semaine qu'on squatte. Ras le bol. Je veux continuer à tracer sur le plat de la mer, rester à flot le plus longtemps possible. Ca m’obsède, autant que toi ton retour à la maison. On stagne, on fermente, on fait du sur-place avec toutes ces bombances, je ne supporte plus. Il faut toujours avancer, mettre une longueur d'avance au temps. Ce matin, l’aube est rose comme une pivoine, la chance tourne. Tu sors du palais en trimballant une jarre aussi volumineuse que bien décorée. T'es verni, Grosses-joues t'a fait un cadeau, comme si tu ne te la pétais pas déjà assez, et nous, même pas des pochettes surprises ! Ca me reste sur l’estomac, les gargouillis dans mon bide reprennent de plus belle. L’air de rien, cette jarre nous a fait piger que toi et nous, on n'est plus dans le même bateau. Tu nous gonfles et mériterais de te transformer en rat de fond de cale. T’as l’air content, ça y est, on rentre. Juste ce qu'il faut de brise remplit les voiles, l'air verdâtre tu t’agrippes à la rambarde , une semaine ne suffit pas à t'amariner et pour une fois ça nous fait rudement plaisir.


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J’ai le pied marin, mais sur ce plancher des chèvres, c'est pas ce qui compte. Quand l’aube sera plus rose, ce sera le moment de mettre les voiles. Un bronzé à la tête d’ange, avec des grosses joues, a invité tout le monde chez lui. La classe. Tout y est grand, doré, des angles partout. Open buffet, des pois chiches en salades, des haricots et des fèves, on se régale mais ça ballonne. Plus d'une semaine qu'on squatte. Ras le bol. Je veux continuer à tracer sur le plat de la mer, rester à flot le plus longtemps possible. Ça m’obsède, autant que toi ton retour à la maison. On stagne, on fermente, on fait du sur-place avec toutes ces bombances, je ne supporte plus. Il faut toujours avancer, mettre une longueur d'avance au temps. Ce matin, l’aube est rose comme une pivoine, la chance tourne. Tu sors du palais en trimballant une jarre aussi volumineuse que bien décorée. T'es verni, Grosses-joues t'a fait un cadeau, comme si tu ne te la pétais pas déjà assez, et nous, même pas des pochettes surprises ! Ça me reste sur l’estomac, les gargouillis dans mon bide reprennent de plus belle. L’air de rien, cette jarre nous a fait piger que toi et nous, on n'est plus dans le même bateau. Tu nous gonfles et mériterais de te transformer en rat de fond de cale. T’as l’air content, ça y est, on rentre. Juste ce qu'il faut de brise remplit les voiles, l'air verdâtre tu t’agrippes à la rambarde , une semaine ne suffit pas à t'amariner et pour une fois ça nous fait rudement plaisir.


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C’était se demander pourquoi partir plus tôt le vendredi alors que nous n’avions rien de prévu ni pour le soir ni pour le weekend. Célibataire sans programme avant deux semaines, pourquoi ne pas rester ce soir, mais tard ? Se dire que 22h serait une heure intéressante de départ. Imaginer partir non par l’entrée principale du rez-de-chaussée, mais par le parking souterrain, par le parking des cadres au -3. Se préparer à ça. Prendre un café à 17h quand les autres commençaient à partir. Ouvrir le dossier de spécifications à une page particulièrement tordue et confuse et passer déjà plus d’une heure à en tirer le minimum nécessaire pour lancer la machine, après s’être enfiler quatre « madelons » chocolat ultra-gras du distributeur. Coder les grandes lignes, les tests principaux, 19h la femme de ménage à l’étage jusqu’à 20h (vite arrivées), un bonsoir discret. Le silence des départs, pendant ce temps, les regards évités que les autres lançaient dans le vide pour ne pas se faire ralentir par d’éventuels questions, notre présence alors complètement hors-norme et risquée pour eux, et puis très vite plus personne. 21h05 restester, relire, corriger, peaufiner, archiver, lire quelques mails, y compris persos, hésiter à envoyer un mail pro au sujet de ce que nous venions de faire (questions, besoin de précisions, d’images…), ce serait un peu trop, le préparer simplement pour lundi. 21h45, aller aux toilettes, boire une grande rasade d’eau, reprendre des madelons au distributeur. 21h55 l’ascenseur, descendre au -3, le silence bourdonnant de ventilateurs invisibles, l’écho de nos pas seuls, quelques voitures ici encore, commerciaux, cadres dirigeants sans doute. Marcher lentement et apercevoir l’autre ascenseur clignoter, à l’opposé de celui par lequel nous étions arrivés, voir descendre les étages dans le négatif et prendre peur d’une rencontre avec un gros bonnet, alors courir jusqu’à la rampe de sortie des véhicules, contre toute logique de sécurité et au risque de se faire doubler par le présumé patron. Courir, essoufflé au -1 où se trouvait heureusement, proche de la rampe, un escalier qui donnaient visiblement (à des lueurs de réverbères qui ne trompaient pas) dehors. 22h04 dans ce quartier d’affaire désert aux murs de verre, l’air orange électrique, tout ici paraissant isolé du monde ; et ce n’était que le début du voyage retour.


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La vie est un long chemin vers soi. Certains se trouvent plus vite que d'autres, ils peuvent ainsi avancer vers nous et nous tendre la main dans notre progression balbutiante.

vendredi 10 juin 2011

573 : jeudi 9 juin 2011

Non, jamais Léon n’a joué ou ne jouera de bandonéon.


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C’était les travaux, dans la rue, le bruit, toute la journée, la tête cassée, pas moyen de réfléchir, de se concentrer, alors les pauses, les pauses, et toujours quelqu’un au regard buté pour nous lancer, épaules haussées, le regard de celui qui reste malgré le bruit, qui « taffe », de ce mot comme l’aspiration d’une cigarette qui vient froisser nos poumons, là le corps courbé sur le clavier, disponible et serviable, consciencieux.


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Avec Marthe nous avons fini de dresser les tables de la terrasse et nous sommes retournés au restaurant. Elle a jeté un dernier coup d'oeil derrière elle, s'est figée, et m'a pris le bras, me forçant à regarder la place. J'ai juré. Tout au fond, après la belle harmonie dessinée par nos tables et celles des deux restaurants voisins, un groupe, des touristes sans doute, de tous âges, en shorts de toutes tailles, s'était arrêté. Ils se sont décapelés de leurs sacs-à-dos-montagnes, les ont posés en repoussant légèrement les derniers fauteuils, se sont assis sur le trottoir, en rang, comme une petite haie. Une femme circulait, distribuant canettes et sandwichs qu'elle tirait d'un grand sac de Carrefour. Je me suis avancé, et j'ai commencé à leur expliquer qu'ils ne pouvaient rester là, que des bancs sous un arbre les attendaient à l'extérieur des remparts (je doutais un peu qu'ils soient libres, à vrai dire). Ils m'ont ignoré, sauf la femme qui m'a remercié avec un grand sourire, ou du moins je le pense, puisqu'elle parlait une langue que je n'ai pas reconnue. J'ai dû m'agiter un peu parce qu'ils m'ont regardé, en hochant la tête, très aimablement. À ce moment, Marthe s'est abattue en tornade sur leur dos, les poussant, criant, gesticulant. Ils se sont levés, sans trop de grommellements et sont partis. Les premiers clients arrivaient.


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Les verres tintent. Un rire cristallin résonne. Sandrine se penche en avant l'air conspiratrice tandis que sa voix grave se projette jusqu'à son voisin d'en face. A côté, son stagiaire Mattéo est troublé alors que son regard plonge pour la première fois dans le décolleté en dentelle d'une femme plus âgée que lui et tout autant troublante.

jeudi 9 juin 2011

572 : mercredi 8 juin 2011

Notes préparatoires : dépasser la crise du personnage, créer le personnage de la crise.


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C’était le pot de départ d’un collègue, noix de cajou, tucs, chips, cidre, coca, chamallows, trinquer plastique, souvenirs vite passés, pochette cadeau, visages vus rarement, d’autres jamais, l’embarras de parler aux autres embarrassés avant celui de partir du pot, heure du déjeuner déjà bien entamée.


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Le rouge était-il devenu vert, ou inversement ? Encore un coup fourré de l’oxyde de fer, je parie. Si seulement j’arrivais à me plier en huit, voire seize, voire davantage si affinités, je pourrais peut-être me contenir dans mon propre estomac, ce serait très pratique pour voyager et me fournirait gratis de quoi ruminer, de surcroît. Mais rien à faire, je reste irrémédiablement grandeur nature, et le diable même n’y peut pas grand chose.


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Il hésite à avancer, réfléchit ses pas et s'effraie de ses désirs. Son histoire est inquiète et en demi-teintes, comme son quotidien, il rêve de gloire et de marbrures dorées mais ne vit qu'en demi teinte de gestes à peine consentit. A la fin du chemin, il aura peu de remords et beaucoup de regrets.


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Il n’est jamais seul. Il ne connaît pas le plaisir de la solitude. Lui est peuplé, voire hanté de milliers de personnages qui vivent, mangent, dorment, parlent, crient, se déplacent sans jamais le laisser tranquille. Au début, ça l’amusait. Il ne s’ennuyait jamais. Maintenant, il se sent mal. A sa dernière exposition, il n’a présenté qu’un tableau… gigantesque ! Un homme debout au milieu d’une rue qui vomit un torrent d’êtres humains. Il a passé huit mois à le peindre, enfermé dans son hangar. C’était nécessaire, il pensait pouvoir ainsi se libérer. Aujourd’hui, il réalise qu’il n’en est rien ! Il est malheureux, épuisé, excédé de constater qu’ils sont toujours là, dans sa tête devenue trop lourde. Lorsqu’il sort, il marche en rasant les murs, la tête baissée car il sait que le moindre regard croisé se glisse immédiatement en lui et qu’il ne peut plus s’en séparer. Désemparé, il ne sait plus quoi faire. Il sait qu’il est malade mais il ne peut en parler à personne. Il rêve d’un espace à lui, blanc, sans traces, un lieu de silence où il pourrait se reposer. Il a tout essayé : la mer dans laquelle il s’est laissé emporter pour tenter de les noyer, tous ! Le sable où il s’est enterré, pensant les étouffer ! Le froid intense, le désert, les forêts, les montagnes, les villes, les souterrains, les incendies… Il a bu des nuits entières, il s’est cogné la tête contre les murs, il a jeûné, pris des somnifères. Ils ne le lâchent pas ! Jamais ! A présent, il est fatigué. Il veut juste pouvoir dormir, seul ! Il s’allonge à même le sol, et méthodiquement les fait sortir, un à un, les prend par la main, les applique au plafond, les recouvre de plâtre. Cela lui prend beaucoup de temps, il ne sait plus au juste combien d’heures ont passé. Une fois le dernier sorti, exténué, il ferme les yeux et s’endort au pays du blanc.

mercredi 8 juin 2011

571 : mardi 7 juin 2011

Peu de chances qu’Emma se marre avec Léon ou même un autre.

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C’était ouvrir la fenêtre pour entendre la pluie battre les feuilles des tilleuls et des platanes du parc, vouloir soi-même provoquer ce bruit de papier feuilleté, s’imaginer pluie apaisant tous nos feux intérieurs.

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C'était un drôle de repas. En entrant dans la salle, ouverte sur un jardin calme et régulier, d'où s'étaient échappées de grosses fleurs, somptueuses et presque monstrueuses, qui se pressaient ou gisaient devant la cheminée, les convives se sont regardés. Sur la nappe d'une rusticité raffinée, en gros coton d'un ocre presque roux, les assiettes étaient déposées régulièrement, classiquement, autour d'un simple bouquet de tulipes épanouies. Mais des objets hétéroclites, un peu baroques, envahissaient la pièce, disposés avec une fantaisie telle qu'ils semblaient avoir volé au hasard, et sur l'un des fauteuils, devant la table, trônait un ange à l'air absent. Ils ont regardé leur hôtesse. Elle leur a sourit doucement, petite illumination de son visage sage.

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Marc et elle sont ensemble depuis tellement longtemps, parfois, elle ne sait plus où commence son odeur et où se termine la sienne.

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Cela fait longtemps qu’elle n’avait plus posé ses doigts sur son piano. Elle essaie de s’y remettre depuis peu et réalise les heures de travail perdues. Le temps a fait son œuvre et s’est glissé dans chacun de ses doigts qui n’obéissent guère et frappent les touches de manière fantaisiste. Pourtant, elle n’abandonne pas, la musique est dans sa tête, les notes courent plus vite que ses mains. Elle aimerait un moment de grâce qui lui permette au moins une fois de jouer vraiment. Cela va venir, avec de la patience, du courage, de l’obstination. N’est-ce pas ainsi qu’elle a dirigé toute sa vie ? Son fils musicien l’aide et l’encourage. Mais ce qu’il ne sait pas, c’est qu’elle ne parvient pas à retrouver confiance. Elle se souvient seulement du couvercle du clavier qu’on a rabattu violemment sur ses mains : c’est si loin et pourtant si présent ! Incapable… C’était le verdict. Dommage ! Elle ne l’a jamais accepté. Elle voulait seulement prendre du plaisir à jouer, seule, sans ennuyer personne. Juste pour elle-même, quelques heures volées, en cachette. Aujourd’hui, c’est possible, mais ce sera beaucoup plus difficile. Elle doit d’abord discipliner ses doigts, beaucoup travailler, s’amuser aussi, s’essayer à suivre son inspiration du moment. Après tout, cette fois, c’est pour elle, vraiment, en toute liberté, sans honte qu’elle caresse son clavier. Elle sait déjà le bonheur qu’elle ressentira lorsqu’elle parviendra à jouer sa partition. Ce sera sa revanche. Et peut-être la confiance reviendra-t-elle doucement ? Chacun a droit à sa part de rêve : celui-ci s’annonce délicieux !