jeudi 6 octobre 2011

680 : mercredi 5 octobre 2011

Il faut du temps, de la patience, du courage, pour voir enfin un Soizillon à l’œil nu. Mais l’on ne se remet jamais tout à fait d’un tel spectacle. Le Soizillon non plus, d’ailleurs.

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À canarder la brume, à s'envoyer la balle entre quatre manteaux, roulés en boules froissées, à suer des oreilles en dégageant d'une tête, les deux s'acquittent d'une dette d'honneur, s'arrêteront au premier sang, ne le savent pas encore. C'est bleu-mauve contre jaune-orange, ça n'est pas fait exprès, sourcil accent aigu ça perce le brouillard et fend des sourires graves, reprise, sortie, touche. Mollet griffé sur une pierre, voilà, enfin, officiellement l'offenseur désigné. Passons à autre chose.

mercredi 5 octobre 2011

679 : mardi 4 octobre 2011

Dans mon rêve j'étais engloutie dans une foule mouvante, caquetante, colorée – paralysée, un peu oppressée, vaguant en sentiment d'étrangeté, comme dans de longues algues. Ai cru deviner une zone plus claire, une épaule dessinée, un coin de visage, un soulagement. Si grand besoin en ai eu que m'a propulsée, flottant, tendue, sinuant le long des hanches, m'élevant vers des espaces creusés entre des bustes, essayant de séparer les corps nuages, qui s'évanouissaient devant mes mains pour revenir ensuite raffermis comme des jouets montés sur ressorts. Mais l'épaule, le coin de visage, le soulagement, le petit trou de lumière se déplaçaient, restaient toujours aussi loin de moi.

mardi 4 octobre 2011

678 : lundi 3 octobre 2011

Les Craquelins font la grasse matinée dans les fissures des volcans, s’étirent dans les lézardes humides des manoirs hantés et se lovent, pour les plus téméraires, dans les plis de prospectus jetés en boule à la sortie des bouches de métro. Ils voudraient fuir les hommes qu’ils ne s’y prendraient pas autrement.

lundi 3 octobre 2011

677 : dimanche 2 octobre 2011

J'ai rêvé que j'avais désiré un retrait, que j'avais transformé mon besoin de silence, de méditation, de recherche, de tension vers l'essentiel, de creusement de la vie, de spiritualité en une piété qui se serait voulue sincère, pour avoir accès à vie de moniale – j'ai rêvé que j'ai trouvé formalisme (comme le désirais pour y prendre élan), mais aussi esprit de conquête et soucis de bonne administration, tâches pointilleuses et regards scrutateurs – j'ai rêvé que malgré mon amitié pour les pierres, ma main, quand je la posais sur elles, transformait la caresse en pesée hargneuse.


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Les sons liquides imprègnent le sable. Egrenée par le vent, l’eau éclabousse les rochers, puis elle s’écoule au bord du ciel. Fesses cambrées et seins tendus, la statue est impeccable. Le jeune homme frôle son nombril de sable nu. La musique caresse les épaules de la jeune femme et se répand sur ses seins. Elle dénoue les liens de son maillot, enroule le tissu pour former une balle... et les sensations jaillissent par vagues. Bousculé par les sons moites, son corps glisse sur le sable humide. Alors, le jeune homme reçoit la balle de son maillot : elle s'est redressée pour venir se placer sur un dôme de sable, à côté de la statue.

dimanche 2 octobre 2011

676 : samedi 1er octobre 2011

En Gargigondie, amour se dit navalek et mort se dit aussi navalek. Navalek est encore le terme par lequel on désigne un ancien moyen de transport à mi-chemin entre la traction avant premier modèle et la charrette picarde. Il est toutefois recommandé de ne pas tirer de conclusion hâtive de ces quelques indications lexicales avant de s’être rendu sur place.

samedi 1 octobre 2011

675 : vendredi 30 septembre 2011

[Te nommer] à cet instant, à cet instant précis, est pour moi d’une gravité, d’une difficulté extrêmes. Au point que c’en est impossible. Tu m’as souvent fait remarquer combien parler, pour moi, relevait d’un effort considérable, et que le faire pourtant, le faire malgré tout, pourrait simplifier notre relation. Je sais à peine parler. Je m’en sens moins capable aujourd’hui. Je m’en sens encore moins habile que je n’y suis pas autorisé. Je ne suis pas à la hauteur de ça. Parce que [c'est faire briller], à cet instant, à cet instant précis, des éclats trop douloureux. Je me tiens en défense, sur la margelle d’un puits, sur l’ourlet. Il faudrait que nous réglions notre rapport aux autres sur la circonférence d’une casserole… tu sais, quand on verse l’eau bouillante, ce replat ce coupant qui fend l’eau et l’empêche de venir lécher le récipient. Nous sommes trop conciliants — nous laissons de nous des miettes partout. Nous nous effritons. Bien que seul ici ce soir, je ressens [la présence d'un] souffle, d’un murmure. Tu pourrais dire que c’est le ronron du frigo ! Ou du chat, si j’en avais un. Ou du vent brisé par les branchages à la frondaison, hésitant obstiné, lui non plus sans parvenir à complètement se détacher. Mais ce n’est pas seulement ça. Pas seulement. J’entends passer un moteur, un diésel, je crois encore que c’est toi, mais non. Plus. Jamais. C’est comme un… une bouche bée… non pas une absence ou un manque, plutôt comme un renfoncement d’[être], un secteur dans l’espace qui serait… embouti… je ne sais comment dire… un plus-que-vide qui désigne trop. Je ne sais pas comment dire. Un sanglot peut-être. Ou un hoquet. C’est comme une distorsion, un élastique sur un orifice… comme des lèvres… comme un sourire. Ce cri étouffé embaume toute la pièce où il se trouve, il désigne le possible d’un à venir non accompli, un futur [antérieur], par exemple. Il désigne une portion de l’histoire qui échappe à celui même qui la vit. Tu es tout entière tournée vers ce domaine. Il ne faut pas que je pense à toi. Il ne faut pas que je pense à la manière dont tu occupes le lit. Il ne faut pas que je pense au galbe de ta poitrine que trahit la tunique. A la manière dont ton corps sous la main respire, se gonfle. Il ne faut, Il ne faut pas que je pense à ton sexe. Je ne dois pas voir/savoir. Cela ne ferait que permettre, ou donner cours [à ta disparition.] Il ne faut pas que je pense à toi, parce que ce serait un affront à tout le silence qui nous a séparés. C’est une provocation, pour la douleur qui nous a traversés. C’est un gage bon à saper les fondations de notre amitié, de notre fidélité, de notre intimité. Toute mon attention se focalise ; voilà que tout mon corps et mon âme, en même temps que leur crasse qui est faite de mots, disparaît tout à coup en tourbillonnant vers ce point, comme vers un siphon, qui avidement aspire.

vendredi 30 septembre 2011

674 : jeudi 29 septembre 2011

Les Promontoires affectionnent particulièrement les mauvais souvenirs. Allez savoir pourquoi, ça les fait plus marrer que les bons. Leurs albums de famille regorgent de clichés piquants qui vont de l’aïeul respectable saisi sur le vif au cours d’une garden-party avec Pierre Laval au visage déconfit de papa lors de la naissance de sa troisième fille. Mais l’humour mûrit. Au dernier soir de leur vie, les Promontoires passent leurs souvenirs en revue avec une sorte de tendresse rassurée pour la suite.